La grande quantité de neige tombée à Québec fait le bonheur de cet enfant.

On sort plus la pelle à Charlesbourg qu'à l'Île!

Mine de rien, l'endroit le plus neigeux de la province se trouve juste au nord de Québec, dans la forêt Montmorency, juste à côté du parc de la Jacques-Cartier, où il tombe en moyenne 639 cm de neige chaque année. Et si étrange que cela puisse paraître, la région compte aussi un des endroits les moins enneigés du Québec : Saint-François-de-l'Île-d'Orléans, qui reçoit un «quasi tropical» 141 cm, d'après les données du site Climat-Québec.
De manière générale, explique Marie-Ève Giguère, météorologue à Environnement Canada, le sud du Québec reçoit beaucoup de neige parce qu'il se trouve sur la route du courant-jet - soit un «corridor de vent» très fort qui souffle d'ouest en est à environ 10 km d'altitude. «Les systèmes météo suivent le courant-jet, on l'appelle "l'autoroute des tempêtes". Le courant-jet ne passe pas toujours au même endroit mais en général, il passe au-dessus du sud de la province», dit-elle.
À cela viennent toutefois s'ajouter toutes sortes d'effets locaux qui peuvent créer des différences spectaculaires dans les chutes de neige. «Les montagnes, par exemple, augmentent le mouvement ascendant de l'air», dit Mme Giguère. Comme la température descend avec l'altitude, cet air qui monte finit par atteindre un point où son humidité se condense - ce qui cause des précipitations. Ajoutons à cela que l'altitude allonge la saison où il neige.
«Au nord de Québec, les montagnes font vraiment une barrière à l'humidité. Alors quand on a des systèmes qui remontent de la Nouvelle-Angleterre avec des vents du sud, du sud-est ou de l'est, ça vient tout converger à cet endroit-là, et il y a des secteurs où c'est plus prononcé. [...] Mais ce sont des effets très localisés.» 
C'est ainsi que la forêt Montmorency, à 30 minutes d'auto de Québec, peut recevoir, en moyenne, presque deux fois plus de neige que la capitale, qui n'est pourtant pas dépourvue à cet égard. C'est aussi pour cette raison que les Monts-Valin, qui ont la réputation d'être un des endroits les plus «blancs» du Québec, reçoivent beaucoup plus de neige (550 cm) que la ville de Saguenay (280 cm), à seulement une trentaine de kilomètres de distance.
Plusieurs facteurs pour expliquer ces différences
Mais ces différences locales, qu'elles soient le résultat de l'altitude ou d'autres facteurs comme la proximité d'une grosse masse d'eau, se font sentir à bien plus petite échelle, comme le montre la carte ci-dessous.
Il faut toutefois faire attention à ces chiffres, avertit Mme Giguère, car il s'agit de données «brutes» qui n'ont pas été ajustées pour corriger des biais potentiels. «Dans le cas des deux stations de l'île d'Orléans, je suspecte que la principale source de biais est la sous-capture à cause du vent : par vent fort, la neige est poussée par le vent et les mesures sous-estiment souvent la quantité de neige tombée malgré le fait que l'endroit de la mesure est protégée du vent le plus possible.
«Il peut aussi y avoir d'autres types de biais instrumentaux ou au niveau de la conversion neige-eau», dit-elle, mais l'effet de vent doit être particulièrement fort à cet endroit. La forme d'entonnoir que prend le fleuve à la hauteur de l'île d'Orléans a pour effet de concentrer le vent, surtout lorsqu'il souffle du nord-est.
 Mise à jour (4 janvier, 14h35) : La version originale de cet article ne mentionnait pas les avertissements méthodologiques de Mme Giguère, qui n'avait pas pu nous les acheminer à temps pour notre heure de tombée de mardi.
Ainsi, il tombe en moyenne presque un demi-mètre de neige de plus à Charlesbourg (317 cm) que sur le bord du fleuve à Sainte-Foy (270 cm), et il y a presque un mètre entier d'écart entre Sainte-Anne-de-Beaupré (260 cm) et Saint-Ferréol (353 cm), deux localités pourtant voisines.
Et juste en face, la côte sud de l'île d'Orléans fait figure de paradis pour ceux qui n'aiment pas pelleter, Saint-Jean ne recevant que 199 cm par année et Saint-François, 141 cm!