Les concentrations de nickel dans l'air à Limoilou étaient 5,7 fois supérieures aux normes entre 2010 et 2012, selon des données du ministère du Développement durable.

Nickel dans Limoilou: Arrimage du St-Laurent dévoile son plan d'action

L'entreprise Arrimage du St-Laurent (ASL), que le ministère de l'Environnement tient responsable des taux très élevés de nickel dans Limoilou, a rendu public vendredi un plan de plus de 10 millions $ pour réduire ses émissions de poussière. Mais, du même souffle, la compagnie maintient curieusement qu'elle n'est toujours pas convaincue d'être la source du nickel.
«Si nos opérations ont pu incommoder nos voisins, je m'en excuse personnellement au nom de toute l'organisation. Je vous assure que, désormais, nous raffinerons nos opérations pour devenir un modèle dans notre industrie», a déclaré d'entrée de jeu le dg d'ASL, Jean-François Dupuis, en conférence de presse.
En plus d'un réseau de 15 canons à eau pour rabattre la poussière - réseau qui avait déjà été présenté lors d'une visite de presse en avril -, M. Dupuis a annoncé la réfection d'un hangar où l'entreprise charge dans des wagons le nickel fraîchement débarqué des navires. Le transbordement s'y fera désormais dans un endroit étanche où la pression de l'air est maintenue sous celle de l'extérieur, ce qui signifie que l'air ne pourra qu'entrer dans le bâtiment, et pas en sortir.
Le coût de ces travaux, qui s'inscrivent dans un ensemble de mesures, devrait avoisiner les 10 à 12 millions $.
Rappelons qu'après enquête, le ministère du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) avait conclu le mois dernier que l'entreprise qui fait du transbordement dans le port de Québec était la source du nickel qui pollue l'air de Limoilou - à hauteur de 52 nanogrammes par mètre cube d'air (ng/m3) alors que la norme est de 12 ng/m3, d'après des mesures prises par le MDDEFP entre 2010 et 2012. Un avis d'infraction avait alors été envoyé à Arrimage du St-Laurent, assorti d'une liste de correctifs à apporter et de l'obligation de présenter un plan de redressement avant le 3 mai, ce qui fut fait vendredi.
Parmi les correctifs «à moyen terme», cependant, figurait la mise en place d'un système «étanche» pour le transbordement du nickel des navires jusqu'aux entrepôts (où la cargaison est transportée par camion), et le plan présenté vendredi n'en fait nulle mention. Les autres ports du monde, justifie ASL, procèdent généralement par arrosage pour rabattre les poussières, au lieu de confiner toutes les manipulations dans des endroits clos. Une bonne partie des opérations qui se faisaient à l'air libre continueront donc de se faire à l'air libre.
Selon M. Dupuis, le MDDEFP n'a pas fait la preuve que le nickel provenait bien d'ASL. «Eux-mêmes, au ministère de l'Environnement, avec les documents qu'on leur a envoyés, n'ont pas été en mesure de faire des corrélations entre les navires et ce qui se trouve dans les capteurs [entre les dates d'arrivée des navires et les mesures de qualité de l'air, N.D.L.R.].»
M. Dupuis dit que son entreprise a décidé de prendre des mesures correctives quand même «parce qu'on fait partie du tissu de Limoilou et de Beauport. Ça fait 100 ans qu'on est ici, et on a à coeur la qualité de vie des gens du secteur».
Il faut toutefois préciser, ici, que l'enquête de l'Environnement a établi que le nickel présent dans l'air de Limoilou se présente très principalement sous forme de pentlandite, un minerai qui est chimiquement instable à l'air libre et qui, par conséquent, est très intimement lié aux activités minières. Et il n'y a pas de mine de nickel dans la région...
Au MDDEFP, on se bornait vendredi à dire que le ministère «a rencontré Arrimage du St-Laurent, qui a présenté son plan d'action. Le MDDEFP prend connaissance du plan et réagira dans les prochains jours. Le dépôt de ce plan démontre la volonté d'ASL de collaborer, ce que salue le MDDEFP».