Les chercheurs de l'Institut Maurice-Lamontagne dont les postes sont abolis s'intéressaient à l'impact des produits chimiques et pétroliers sur les organismes marins.

Mort d'animaux dans l'estuaire du St-Laurent: perte du laboratoire, moins de réponses

La fermeture du laboratoire de chimie aquatique de l'Institut Maurice-Lamontagne à Mont-Joli, au Bas-Saint-Laurent, viendrait compliquer l'analyse des conséquences des contaminants sur les oiseaux, les mammifères marins comme les bélugas, ou les petits poissons trouvés morts cet été dans l'estuaire du Bas-Saint-Laurent.
C'est une perte d'expertise majeure sur les espèces de l'écosystème marin, soutient Benoît Thibault, président du Conseil régional du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine-Côte-Nord de l'Alliance de la fonction publique du Canada, section Québec. Le laboratoire, établi au coût de 2 millions $, sera fermé dans deux ans. «Huit des douze employés qui faisaient l'étude de l'impact biologique des contaminants sur les mammifères marins perdent leur emploi à Mont-Joli. Nous perdons toute une perspective historique. Ce sont les cinq laboratoires de chimie aquatique de Pêches et Océans qui ferment dans tout le Canada.»
Réchauffement des eaux
Le réchauffement des eaux de surface du fleuve Saint-Laurent pourrait être responsable de la mort de centaines de lançons et, indirectement, d'oiseaux dont des fous de Bassan au cours de l'été.
C'est l'hypothèse soulevée par Jean-Claude Brêthes, professeur-chercheur à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski de l'Université du Québec à Rimouski et titulaire de la Chaire UNESCO en analyse intégrée des systèmes marin.
«Les lançons trouvés morts servent d'aliments aux oiseaux et aux mammifères marins. Il est vraisemblable que le réchauffement des eaux de surface soit la cause en amont de la mortalité des lançons, puis des oiseaux, qui n'avaient plus rien à manger. [...] On voit aussi des modifications depuis plusieurs années dans l'écosystème du fleuve, avec le stock de hareng du printemps qui s'effondre, moins de maquereau dans le sud du golfe. Il y a quelque chose qui se passe dans l'écosystème, mais il y a un risque de faire des amalgames entre les décès de bélugas et des oiseaux.»
Différent pour les bélugas
Une cause différente expliquerait la perte d'une quinzaine de bébés bélugas dans l'estuaire du Saint-Laurent, soit cinq fois plus que la normale. Une algue toxique aurait affecté cet été le comportement des femelles qui auraient délaissé leurs petits.
Selon une étude des pathologistes de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal effectuée il y a déjà plusieurs années sur 148 individus, les maladies infectieuses ont provoqué 38 % des mortalités des bélugas (âges et sexes confondus), alors que 15 % des animaux sont morts d'un cancer et près de 30 % d'une cause inconnue. Parmi les veaux échoués âgés de moins d'un an, 58 % seraient morts lors de la mise bas.