La jeune militante écologiste Greta Thunberg a marché avec les Montréalais vendredi.

Mobilisation «historique» à Montréal avec Greta Thunberg [PHOTOS]

MONTRÉAL — Quelques centaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues du centre-ville de Montréal vendredi après-midi pour réclamer des actions concrètes afin de lutter contre les changements climatiques.

La foule était si dense que le passage du cortège a nécessité au moins deux heures et demie à l’intersection de la rue Sherbrooke et du boulevard Saint-Laurent.

Les organisateurs ont fait état d’une foule de près de 500 000 personnes. Même s’il n’a donné aucun chiffre, l’agent Manuel Couture, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), fait état d’une «mobilisation historique». Le SPVM n’a rapporté qu’une seule arrestation.

Près de 500 000 personnes ont marché pour le climat à Montréal.

Les manifestants se sont rassemblés vers midi sur l’avenue du Parc, au pied du mont Royal. Jeunes et moins jeunes brandissaient des pancartes, souvent confectionnées à partir de boites en carton, sur lesquelles on pouvait notamment lire «Terriens en détresse», «Planète à vendre» et «Il est temps de se réveiller».

On pouvait percevoir plusieurs familles dans la foule. Bon nombre d’élèves portaient leur uniforme scolaire, sur lequel ils avaient épinglé un cercle vert, symbole de cette mobilisation pour l’environnement. Des manifestants jouaient des percussions et divers instruments de musique. En tête du cortège, des manifestants portaient une large banderole colorée ornée de dessins de la planète, de fleurs et d’animaux sur laquelle on pouvait lire : «Au front pour la Terre Mère».

Un optimisme inquiet perçait dans les propos de plusieurs manifestants. «Je veux que les choses changent, a expliqué Thani Ratelle, une élève âgée de 16 ans. Faut commencer par faire quelque chose. Puisque tout le monde se réunit, ça va finir par changer les choses.»

Pour plusieurs participants, il était important d’être là. «C’est quand même notre futur, a dit une autre élève de 16 ans, Taicha-Cloé Théodore. S’il y a un réchauffement climatique, c’est sûr que nos enfants vont vivre dans un monde pourri. Et ça, ce n’est pas l’fun

Trudeau apostrophé

Plusieurs chefs politiques fédéraux et provinciaux ont été vus dans la manifestation, dont Justin Trudeau, Yves-François Blanchet et Manon Massé.

M. Trudeau s’est fait apostropher par des manifestants qui lui reprochaient l’achat par son gouvernement de l’oléoduc TransMountain. «Pas de pipelines!» lui a-t-on crié. Le chef libéral s’est contenté de les remercier de leur présence.

La foule et M. Trudeau ont ensuite scandé «On avance pour la planète» en claquant des mains.

La présence de M. Trudeau n’a pas été appréciée par tous les manifestants. Des agents de sécurité ont même dû intervenir pour empêcher un individu de lui lancer des œufs.

Des journalistes de La Presse canadienne sur le terrain ont constaté un important déploiement policier : plusieurs agents étaient visibles, mais plusieurs autres se tenaient aussi discrètement en réserve sur les rues avoisinantes.

Thunberg l’invitée vedette

La jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg s’est adressée à la foule à deux reprises : au début et à la fin de la manifestation. Après avoir souhaité un vaste mouvement de mobilisation pour accélérer la lutte contre les changements climatiques, elle a marché au deuxième rang en compagnie de jeunes des Premières Nations.

Elle portait une pancarte sur laquelle il était écrit en suédois «Skolstrejk fur klimatet» (grève scolaire pour le climat en suédois).

La Suédoise Greta Thunberg a pris part à une conférence de presse en plein air avant le début de la marche.

L’adolescente a prononcé un deuxième discours à la fin de la manifestation. Acclamée par la foule nombreuse et enthousiaste, elle a lancé, en parlant des centaines de milliers de manifestants : «Ça fait du bien n’est-ce pas?»

Elle a plus tard proclamé en français en guise d’avertissement aux élites mondiales : «Le changement arrive, si vous l’aimez ou pas».

La militante écologiste a rappelé la déception qu’elle a éprouvée à la suite du sommet de l’ONU sur le climat qui s’est déroulé la semaine dernière. Les dirigeants mondiaux «nous ont déçus avec leurs phrases vides et leurs plans insuffisants».

Elle a rappelé l’importance de s’unir parce que les «dirigeants ne nous écoutent pas».

«Nous avons été des millions à faire la grève, nous allons poursuivre la mobilisation jusqu’à ce qu’ils finissent par nous écouter», a-t-elle soutenu.

De jeunes militantes autochtones se sont adressé à la foule.

Avant le début de la manifestation, elle a échangé quelques mots avec le célèbre écologiste David Suzuki, au pied du mont Royal.

La jeune Suédoise s’était auparavant entretenue avec Justin Trudeau. Elle a dit ne pas vouloir personnaliser le débat et souhaite que tous les décideurs sur la planète se rendent compte de l’urgence climatique et écoutent ce que dit la science.

Après la manifestation, Mme Thunberg a reçu la clé de la ville des mains de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, au cours d’une cérémonie à l’hôtel de ville.

«À Montréal, les jeunes étaient déjà très mobilisés, mais pouvoir compter sur la présence de Greta aujourd’hui a donné beaucoup d’espoir et d’énergie à ces jeunes — et moins jeunes», a souligné la mairesse, qui fait état de la plus grande manifestation de l’histoire de Montréal.