La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a décrété une journée pédagogique le 27 septembre afin de permettre aux élèves et à leurs parents d’aller manifester aux côtés de Greta Thunberg, vedette planétaire de la lutte aux changements climatiques.

Marche pour le climat du 27 septembre: Legault aura les enseignants à l’œil

François Legault aura les enseignants à l’œil lors de la journée du climat : il leur demande d’être au travail, et pas dans la rue.

C’est que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a décrété une journée pédagogique le 27 septembre afin de permettre aux élèves et à leurs parents d’aller manifester aux côtés de Greta Thunberg, vedette planétaire de la lutte aux changements climatiques.

Mercredi, le premier ministre a critiqué la décision de la CSDM, trouvant «malheureux» que les parents apprennent «à la dernière minute» que les cours seront suspendus. «Il y a des parents qui se font dire : «Organisez-vous avec vos enfants, il n’y a pas d’école»», a déploré M. Legault.

Il a également tenu à rappeler qu’une journée pédagogique n’est pas une journée de congé pour les enseignants. «Moi, je m’attends à ce que la Commission scolaire de Montréal s’assure que les enseignants travaillent», a-t-il répété trois fois en mêlée de presse.

Pour Manon Massé, coporte-parole de Québec solidaire, le chef du gouvernement québécois «ne sait pas ce qu’il dit» lorsqu’il «interdit» aux enseignants d’aller manifester avec leurs élèves le jour de la grève mondiale du climat.

«Je pense qu’il y a des enseignants qui savent bien que leur place d’enseignants, c’est d’être aux côtés des jeunes», a-t-elle déclaré.

La CSDM s’est quant à elle montrée prudente dans une déclaration envoyée aux médias : «Lors d’une journée pédagogique, les enseignants sont au travail et la journée du 27 septembre est une journée pédagogique comme les autres.»

Cela n’a pas empêché le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’emboîter le pas à M. Legault et de souligner à doubles traits que la journée du 27 septembre doit être une journée «de préparation, de correction et de formation».

M. Roberge a dit reconnaître l’autorité de la CSDM, mais jamais il n’aurait pris une telle décision. «La solution aux problèmes environnementaux, elle est à l’école, elle n’est pas dans la rue», a-t-il tranché.

À l’échelle nationale, les universités de Montréal et Concordia, plusieurs cégeps du Québec, l’Université de la Colombie-Britannique et le conseil scolaire du district de Toronto ont également pris des mesures pour accommoder les étudiants qui envisagent de faire l’école buissonnière le 27 septembre.

Pas la place d’un premier ministre

Par ailleurs, M. Legault a confirmé, mercredi, qu’il ne participera pas à la grande marche pour le climat, au grand dam des partis d’opposition.

Ce seront plutôt le ministre de l’Environnement, Benoit Charrette, et le député de Bourget, Richard Campeau, qui représenteront le gouvernement.

«Je ne crois pas que ce soit la place d’un premier ministre d’être dans cette manifestation à Montréal», a déclaré M. Legault en anglais.

M. Charette avait indiqué la veille qu’il se joindrait éventuellement aux marcheurs, «si l’agenda devait le permettre».

Il appuie tout à fait la décision du premier ministre de ne pas se rendre à Montréal le 27 septembre. «C’est une marche qui risque de réunir énormément énormément de gens, donc si c’est pour se perdre dans une foule, effectivement il y a moins d’intérêt», a-t-il lancé.

Plus tôt dans la journée, M. Charrette avait laissé entendre qu’il s’inquiétait pour le bien-être des jeunes qui participeront à la manifestation. «J’ai des jeunes de niveau primaire et secondaire. Une journée de classe, je préfère les savoir en classe plutôt qu’à la rue de cette façon-là.»

Le gouvernement a rejeté deux motions de l’opposition reliées à la marche contre la crise climatique. L’opposition libérale, par la voix de la députée Marie Montpetit, invitait notamment le premier ministre à participer à la marche et à la «Climate Week» à New York, de même qu’à «reconnaître que le réchauffement climatique représente l’une des principales menaces pour l’économie du Québec».

L’autre motion, déposée par Québec solidaire, allait dans le même sens et a subi le même sort.

+

LE SFPQ S'EST FAIT DIRE NON POUR LES CONGÉS SANS SOLDE

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique, qui avait demandé à Québec que ses membres puissent obtenir un congé sans solde pour participer à la marche pour le climat, le 27 septembre, s’est fait dire non par le gouvernement Legault.

En entrevue mercredi, Christian Daigle, président du SFPQ, s’est montré déçu et choqué à la fois. Il y voit un manque de conscience environnementale du gouvernement Legault.

«Absence de réponse, pour nous, signifie absence de collaboration, puis ça signifie pour nous autres qu’ils ne veulent pas se préoccuper de la planète et de l’environnement», s’est exclamé M. Daigle.

En juin dernier, le SFPQ avait demandé au Conseil du trésor de faciliter les choses pour ses membres auprès des ministères, afin que ceux-ci puissent participer à la marche pour l’environnement du 27 septembre.

Ces syndiqués pourraient prendre un congé sans solde, une journée de temps accumulé ou une journée de vacances, par exemple. Ils auraient assuré les services essentiels, a précisé M. Daigle. Le SFPQ voulait discuter des modalités lors d’une rencontre avec le Conseil du trésor.

«Je ne veux pas que mes gens aient du temps payé pour participer à ça», se défend-il.

Le SFPQ demandait, en revanche, que Québec consacre la somme représentée par ces salaires à un projet écologique.

Le SFPQ avait bien reçu un accusé de réception à sa lettre du mois de juin. Il avait réécrit au président du Conseil du trésor, Christian Dubé, au retour des vacances, soulignant qu’il interpréterait une absence de réponse d’ici le 17 septembre comme un refus. Il n’a rien reçu. M. Daigle l’interprète donc comme un refus du gouvernement du Québec que ses membres puissent participer à la marche pour l’environnement.

Réponse du Trésor

À Québec, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a plutôt affirmé qu’il y avait eu une réponse à la directrice du SFPQ, dans laquelle il expliquait qu’à ses yeux, il s’agissait d’une grève. Et «on n’accepte pas qu’ils puissent faire la grève, parce que les services aux citoyens doivent être donnés aux citoyens, tout simplement», a affirmé M. Dubé.

Il est toujours interdit de faire un ralentissement de travail ou une grève lorsqu’une convention collective est encore en vigueur. Et les conventions collectives du secteur public sont en vigueur jusqu’en mars 2020.

En soirée mercredi, le bureau du ministre Dubé a précisé qu’après la demande du SFPQ de juin, une analyse devait être effectuée. Après vérifications, «les employés intéressés à participer à cette journée peuvent le faire selon les dispositions prévues à leur convention collective et selon les besoins du service», a fait savoir le bureau.

Mais il reste qu’il n’est toutefois pas possible, comme l’avait indiqué le ministre Dubé, «d’assurer les services aux citoyens tout en octroyant une journée sans solde aux employés de la fonction publique», a ajouté son bureau.

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec compte environ 40 000 membres dans les différents ministères, notamment au ministère de l’Environnement, chez Recyc-Québec et à la Sépaq (Société des établissements de plein air).