Alors que le gouvernement du Québec envisage de forcer le déménagement des citoyens établis en zone inondable, le gouvernement ontarien a déjà fait le travail depuis les années 50.

L'Ontario a plus de 60 ans d'avance dans la gestion des inondations

Alors qu’une partie du Québec est aux prises avec d’importantes inondations depuis quelques semaines et que le gouvernement envisage de forcer le déménagement des citoyens établis en zone inondable, le gouvernement ontarien a déjà fait le travail depuis les années 50 et la province voisine subit ainsi beaucoup moins les conséquences négatives des coups d’eau.

Jean Cinq-Mars, ex-commissaire au développement durable du Québec et co-président d’un groupe indépendant d’experts qui se penche sur l’avenir des Grands Lacs et du Saint-Laurent, a souligné la situation au lendemain du forum sur les Grands Lacs et au moment du lancement de la phase des travaux du panel d’experts dédié au Saint-Laurent et qui aura lieu au Québec.

«L’une des grandes préoccupations en Ontario est le dossier de la protection des rives contre l’érosion et les inondations. Par contre, les Ontariens souffrent moins des inondations que le Québec parce qu’ils ont agi suite à l’ouragan Hazel, qui a frappé Toronto avec force en 1954», explique M. Cinq-Mars en entrevue avec Le Soleil.

Le puissant ouragan de catégorie 4, devenu une tempête tropicale de catégorie 1 quand il a atteint le Canada, avait causé d’importantes inondations dans le secteur de Toronto, ce qui avait provoqué 81 décès, rendu 4000 familles sans domicile et causé des dommages de 137,5 millions $ (1,3 milliard $ en dollars de 2018).

«En raison des dommages causés par les inondations, le gouvernement ontarien avait acheté toutes les résidences situées en zone inondable dans les années 50 et 60. La plupart ont été retirées de là», indique M. Cinq-Mars, soulignant tout de même que les quais, routes et ponts ainsi que les systèmes de traitement des eaux usées demeurent tout de même sujets aux inondations en Ontario.

Expropriations

Suite aux inondations causées par l’ouragan Hazel, les terrains situés dans les zones grandement inondées ont en effet été expropriés et des politiques ont été mises de l’avant pour empêcher la construction de résidences et d’ensembles résidentiels dans les ravins et les plaines inondables. La plupart de ces terres expropriées ont été converties en parcs.

«Il reste quelques maisons en zone inondable aujourd’hui en Ontario, mais la province a réglé une grande partie du problème parce qu’elle y travaille depuis des décennies. Les conservation authorities ontariennes, qui sont semblables à nos organismes de gestion des bassins versants, sont mieux financées et disposent de plus de pouvoirs, notamment celui de forcer la main aux municipalités. Nous pourrions peut-être nous en inspirer», poursuit M. Cinq-Mars, qui verrait bien la mise en place d’organismes basés sur les communautés au Québec. «Ces organismes pourraient développer des plans d’action. Ce n’est pas vrai que les solutions doivent venir seulement des gouvernements.»

Impact social

Rappelant encore l’expérience ontarienne, M. Cinq-Mars a cependant souligné l’impact social des relocalisations. «Il y a des gens qui vivent depuis des décennies à ces endroits et ils sont obligés de vendre, de déménager. Les municipalités perdent aussi des revenus de taxation», indique-t-il.

Le panel d’experts responsable de recommander les meilleures pratiques pour assurer la protection du grand écosystème des Grands Lacs et du Saint-Laurent livrera son rapport sur les Grands Lacs à la mi-juin et poursuivra jusqu’aux mois de novembre et décembre ses travaux sur le Saint-Laurent. «Ce qui est intéressant pour le Saint-Laurent, c’est que nous allons bénéficier des réflexions déjà entamées sur les Grands Lacs lors de la première phase en Ontario», conclut Jean Cinq-Mars, qui co-préside le groupe avec l’ancien commissaire à l’environnement de l’Ontario, Gord Miller.t de l’Ontario, Gord Miller.