Deux fois l’an, des prélèvements sont effectués afin d’évaluer la performance des quatre fours de l’incinérateur à déchets de la Ville de Québec installé dans Limoilou. Et selon les données datant de l’été qui viennent d’être mises en ligne, les autorités ont observé un important dépassement de 176 microgrammes d’arsenic par mètre cube.

L'incinérateur dégage 176 fois trop d’arsenic

EXCLUSIF / Un échantillon recueilli à la sortie des cheminées de l’incinérateur à déchets de la Ville de Québec révèle un taux d’arsenic 176 fois supérieur à la limite fixée par la municipalité.

Deux fois l’an, des prélèvements sont effectués afin d’évaluer la performance des quatre fours à poubelles. Et selon les données datant de l’été — qui viennent d’être mises en ligne —, les autorités ont observé cet important dépassement de 176 microgrammes d’arsenic par mètre cube. 

Voilà qui est bien au-delà des résultats habituels. Et bien au-delà du maximum de 1 microgramme par mètre cube ciblé, un objectif fondé sur les lignes directrices émises par le Conseil canadien des ministres de l’Environnement.

Un microgramme, c’est «la teneur qui ne devrait pas être excédée lors d’un contrôle efficace de la combustion et du système antipollution», précise un document municipal. 

En poursuivant la lecture, nous apprenons que le même échantillon réservait d’autres surprises : «Pour ce même essai, d’autres métaux sont également plus élevés tels le mercure, le sélénium, le bore et le calcium».

Cause inconnue

«Nous n’avons pas identifié ce qui a causé cette forte concentration le jour de l’échantillonnage», commente la conseillère en communication responsable du dossier, Mireille Plamondon. La Ville écrit cependant que plusieurs détritus brulés peuvent être mis en cause : bois traité, produits électroniques et pharmaceutiques, pesticides, verre, céramique, huiles, solvants…

Le taux d’arsenic dans la fumée de l’incinérateur «est contrôlable par l’injection de charbon [le même système que pour le mercure et les dioxines et furanes]», poursuit Mme Plamondon. «Le plan d’action pour contrôler les émissions annoncé en mars 2017 prévoit la modernisation de l’injecteur de charbon dans chaque four dès le printemps 2018.»

Bon an, mal an, entre 250 000 tonnes et 300 000 tonnes de déchets sont réduites en cendres.

La Ville entend également investir plusieurs millions de dollars pour ajouter des brûleurs au gaz naturel dans les quatre fours. Ils permettront d’augmenter et de maintenir la température, ce qui éliminerait plus de contaminants.

Les autorités escomptent en outre que ces brûleurs géants permettront de réduire significativement la quantité de monoxyde de carbone craché par les cheminées. D’autres données diffusées en septembre confirmaient d’ailleurs que le taux de monoxyde de carbone expulsé continue de surpasser les normes en vigueur. 

Mauvaise combustion

Au cours d’une récente visite de l’incinérateur, le directeur général adjoint Eau et valorisation énergétique de la Ville de Québec, Gilles Dufour, expliquait : «Le principal problème de l’incinérateur, c’est le monoxyde de carbone. Quand il y a beaucoup de ce gaz à la sortie, c’est un signe que la combustion ne se fait pas bien et que d’autres contaminants pourraient s’échapper.»

Rappelons également que des échantillons de 2016 contenaient plus de mercure, de furanes et de dioxines que ce que tolèrent les normes gouvernementales.

Quelque 150 camions de poubelles déversent leur contenu quotidiennement dans la fosse de l’incinérateur. Bon an, mal an, entre 250 000 tonnes et 300 000 tonnes de déchets sont réduites en cendres.

L’arsenic est classé cancérogène pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé. Les dioxines et les furanes également.