Les sources de Trump tiennent-elles la route?

L'affirmation #1
«Se plier à l'accord de Paris et aux restrictions énergétiques onéreuses qui viennent avec pourrait faire perdre jusqu'à 2,7 millions d'emplois aux États-Unis d'ici 2025, selon la firme National Economic Research Associates [NERA...] et d'ici 2040, l'[accord de Paris] réduirait la production par 12 % dans le papier, 23 % dans le ciment, 38% dans le fer et l'acier, 86 % dans le charbon, et il s'avère que j'aime les mineurs de charbon, et 31 % dans le gaz naturel», a dénoncé le président américain Donald Trump, jeudi, pour justifier le retrait américain de l'Accord de Paris sur le climat.
Les faits
La firme en question, NERA, a bel et bien publié en mars dernier un rapport sur l'impact appréhendé pour l'industrie des engagements des États-Unis dans l'accord de Paris, et il prévoit effectivement de lourdes pertes pour plusieurs secteurs énergivores de l'économie. Les chiffres cités par M. Trump sont rigoureusement ceux du document.
Cependant, la NERA est reconnue pour être un think tank républicain et son rapport a été rédigé sur commande : deux organismes, l'American Council for Capital Formation et l'Institute for 21st Century Energy (I21CE), l'ont sponsorisé, et leur lobby en faveur de l'exploitation des réserves américaines de combustibles fossiles et généralement contre la tarification du carbone est connu.
Pour en arriver à ses conclusions, la NERA est partie du principe que les efforts de réduction des gaz à effet de serre des entreprises américaines engendreraient des coûts supplémentaires, et donc les rendraient moins compétitives que si elles n'avaient pas à faire ces efforts. Ce n'est certainement pas déraisonnable.
Mais on trouve dans le bas de la page 11 du document une note un peu plus surprenante : «Puisque les engagements de la Chine, contributrice majeure aux émissions globales, sur l'intensité de ses émissions ne s'écartent pas significativement des prédictions actuelles, cette étude ignore les effets potentiels que les autres régions auraient si elles respectaient leurs engagements.» En clair, cela signifie que les auteurs du rapport ont fait comme si les États-Unis seraient le seul pays au monde à appliquer l'Accord de Paris, donc le seul endroit qui ferait des efforts significatifs de réduction de ses GES. Ce n'est pas une petite prémisse sans conséquence : n'importe quel modèle économique sur le sens du monde conclura qu'un joueur qui est le seul à devoir faire certains efforts sera désavantagé par rapport aux autres.
En outre, cette prémisse repose entièrement sur une seule source, soit une note publiée en 2015 sur le site de... l'Institute for 21st Century Energy.
Il n'est pas faux, remarquez, de dire que les engagements de la Chine dans l'accord de Paris ne diffèrent pas tellement de ce qu'elle prévoyait déjà faire - c'est le cas des engagements d'à peu près tous les pays signataires. Mais il est erroné d'en conclure, comme l'ont fait NERA et l'I21CE, que la Chine (et le reste de la planète) ne fait rien. L'Empire du Milieu prévoit cesser d'augmenter ses émissions en 2030 - probablement plus tôt - et, sans en faire un élève modèle, divers observateurs ont reconnu ses efforts.
Verdict
Très, très douteux. La prédiction et les chiffres sont cités correctement, mais reposent sur des bases éminemment questionnables.
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Donald Trump
L'affirmation #2
«Même si les engagements de l'accord de Paris étaient réalisés en entier dans toutes les nations, il est estimé que cela ferait une différence de seulement 0,2 degré, pensez à ça», a également affirmé le président Donald Trump, jeudi.
Les faits
Des lignes de presse que la Maison-Blanche a fait circuler dans la journée de jeudi faisaient remonter cette affirmation à des chercheurs du prestigieux Massachussetts Institute of Technology. Et il est vrai qu'en octobre 2015, sur la base des engagements déjà rendus publics à ce moment (l'accord de Paris fut conclu en décembre), le co-directeur d'un programme du MIT sur le climat, John Reilly, avait déclaré que «ces engagements réduiront le réchauffement de 0,2 °C s'ils sont maintenus jusqu'en 2100».
Le hic, c'est que M. Reilly précisait aussi clairement qu'il s'agissait d'un gain de 0,2 °C par rapport à l'accord de Copenhague conclu en 2009, pas comparé à un scénario où on ne ferait rien. Le MIT a d'ailleurs publié un communiqué de presse vendredi pour clarifier les choses : «Si on compare l'Accord de Paris à l'absence de politique sur le climat, alors l'impact est de l'ordre de 1 °C d'ici 2100. [...] En outre, cette analyse ne tenait compte que des engagements pris dans le cadre de l'accord de Paris et présumait qu'aucun effet supplémentaire ne serait fait après 2030», y lit-on.
Un degré, c'est toujours insuffisant pour limiter le réchauffement à 1,5 °C (par rapport aux niveaux pré-industriels) d'ici 2100, que le MIT prévoit entre 3,1 à 5,2 °C supplémentaires, mais l'entente de 2015 sur le climat, comme les autres avant elle, n'a jamais été présenté comme autre chose qu'un pas dans la bonne direction. «Les chercheurs concernés au MIT croient que l'accord de Paris est un effort crucial et sans précédent pour répondre à la menace imminente du réchauffement de la planète», conclut le communiqué.
Verdict
Faux ou, en tout cas, très incomplet. La formulation choisie par M. Trump minimise manifestement et indument les progrès que permettront (permettaient?) de réaliser l'accord de Paris.