Avec le fleuve qui ne cesse pas de monter, les riverains ajoutent des sacs de sable comme on peut le voir ici au Port-Saint-François, à Nicolet.

Les prévisions revues à la hausse: «Le pire est à venir pour les riverains»

Trois-Rivières — La Sécurité civile a revu ses prévisions à la hausse, mercredi. Le fleuve Saint-Laurent continue sa montée inexorablement déjouant tous les pronostics. Voilà que le pire des scénarios envisagés est en voie de se concrétiser avec un niveau qui pourrait atteindre jusqu’à 3,92 mètres à la hauteur du lac Saint-Pierre d’ici vendredi.

«On attendait quelque chose comme 3,7 mètres ou 3,8 mètres au maximum. Maintenant, selon les prévisions, le maximum est rendu à 3,9 mètres, peut-être 3,92. Le pic est prévu demain [jeudi], vers 20 h à 22 h. Une fois le maximum atteint, ça va rester stable pendant deux ou trois jours. (...) Hélas, le pire est à venir pour les riverains», déplore Bernard Létourneau, porte-parole de la Sécurité civile.

Rappelons qu’en 2017, le lac Saint-Pierre était monté à 3,54 mètres. Cette nouvelle hausse ne sera pas sans conséquence pour les riverains. «L’eau va certainement s’étendre encore de part et d’autre du fleuve pour atteindre encore plus de maisons, plus de rues», précise M. Létourneau. Les citoyens touchés ne sont donc pas au bout de leur peine. «C’est de la préparation. Préparez-vous encore. S’il y a moyen de monter vos murs de sacs de sable, faites-le», conseille le porte-parole.

La pluie annoncée est la cause de cette dégradation de la situation. «Les prévisions ont été revues à la hausse à cause de cette pluie qui est de plus en plus certaine. De la pluie est annoncée vendredi et peut-être aussi samedi. On espère aussi que les vents ne se mettront pas de la partie», souhaite M. Létourneau.

Les militaires étaient de retour à Nicolet mercredi.

À Trois-Rivières, alors que 106 maisons étaient isolées mardi, ce nombre a grimpé à 115 mercredi. «On a largement dépassé les niveaux de 2017. Certaines de nos résidences aujourd’hui [mercredi] vont être inondées contrairement à 2017», affirme Ginette Bellemare, mairesse par intérim. Au total, en Mauricie ainsi qu’à Nicolet et à Bécancour, c’est un peu plus de 1000 maisons qui sont isolées ou inondées. 

Ces nouvelles prévisions ne sont pas sans susciter de l’inquiétude et de l’incertitude. «On était bien préparé jusqu’à 3,54 mètres disons. Même quand on était dans les 3,6 mètres, ça allait bien. Là c’est sûr qu’avec chaque centimètre qui augmente, on découvre avec les citoyens à quoi ça ressemble. On réagit rapidement pour s’adapter, mais il reste qu’on se documente au fur et à mesure», souligne Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet. Les militaires étaient d’ailleurs de retour dans la municipalité, mercredi. «On a fait appel à l’armée aujourd’hui parce qu’avec les niveaux d’eau qui sont annoncés à la hausse d’ici vendredi, les gens qui n’avaient pas encore mis de sac souhaitaient en mettre et ceux qui en avaient voulaient en ajouter. Une trentaine de soldats ont répondu aux besoins des citoyens», explique Mme Dubois.

Les efforts se poursuivent donc pour résister à cet assaut de la nature. «On continue à sécuriser nos routes. On continue à faire des patrouilles. On s’assure qu’il n’y a pas trop de débris parce que le fleuve en amène énormément, et si les gens ne se sentent pas en sécurité, on a un centre d’hébergement qui est prêt à accueillir plus de 50 personnes rapidement», précise Mme Dubois. «On a atteint pas mal le niveau ultime. C’est toujours très inquiétant. On continue à supporter nos citoyens. On n’y peut pas grand-chose actuellement, sauf exercer une vigie constante. On est aussi en train de visiter tout notre monde pour voir comment ça va», mentionne Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour. La Ville de Bécancour a 35 kilomètres de rives à surveiller. «On a toutes sortes de situations disparates à affronter. On essaie d’y aller du mieux qu’on peut et de prévoir l’imprévisible», laisse tomber M. Dubois.

À Champlain, des militaires ont fait le tour de la quarantaine de résidences isolées. Au moins un mètre d’eau recouvre les routes du secteur inondé. Ce sont des chemins privés qui ne sont pas très larges. Pour aller à la rencontre des citoyens, les militaires ont troqué leurs larges véhicules pour des zodiacs. «L’aide des forces armées est très bienvenue. Ils se sont assurés que les gens étaient en sécurité. On a aussi testé quelques moyens d’évacuation si on devait faire face à une situation d’urgence», raconte Guy Simon, maire de Champlain.

André Lyonnais constate le haut niveau de l’eau sur la rue du Bord-du-Fleuve, à Trois-Rivières

Nicolet a fait appel au service psychosocial du CIUSSS pour visiter les résidents aux prises avec la montée des eaux et s’assurer qu’ils vont bien. À Louiseville, jeudi matin, des pompiers à bord de deux embarcations vont se rendre à chacune des résidences isolées ou inondées pour prendre des nouvelles des résidents. «L’eau est haute, l’eau est très, très haute. Les gens commencent à être fatigués», déplore Yvon Deshaies, maire de Louiseville.

La fatigue, un ennemi qui s’insinue chez les riverains en même temps que l’eau. «Les gens sont très calmes jusqu’à maintenant. À l’occasion, on a des petits cris de coeur qui nous arrivent parce qu’il y a la question de la patience. Ça s’éternise, ça ne finit plus. On peut passer une nuit sans dormir, mais en passer six sans dormir, ce n’est pas la même chose. C’est pour ça qu’on souhaite que ça reparte à la baisse pour que les gens puissent respirer un peu et ne pas avoir peur que la pompe arrête, de manquer d’électricité, que le vent se lève. Tout le monde est sur le qui-vive», s’inquiète M. Dubois. «Le défi, c’est que ça va être long. Ça va durer encore plusieurs jours et ça va diminuer tranquillement», précise Mme Dubois.