À nos latitudes, ce sont les pins blancs les plus résistants au froid qui sont sélectionnés depuis des milliers d’années, pas ceux qui peuvent se passer d’eau le plus longtemps.

Les pins blancs du Québec plus tout à fait chez eux ici

Si on prenait les graines d’un pin blanc vivant en Pennsylvanie et qu’on les plantait à Québec, est-ce que leurs jeunes pousses parviendraient à survivre à nos hivers et à croître, même si elles proviennent d’une population située beaucoup plus au sud? En fait, ont trouvé des chercheurs de la région, non seulement ces arbres-là survivraient-ils, mais ils grandiraient plus vite que les pins blancs locaux — gracieuseté des changements climatiques.

Dans un article qui vient de paraître dans la revue savante New Phytologist, une équipe dirigée par Martin Girardin et Nathalie Isabel, du Service canadien des forêts, a récolté les fruits d’une expérience débutée en 1986. Cette année-là, des centaines de graines de pin blanc provenant de toute son aire de distribution — donc de nos latitudes jusqu’en Caroline du Nord, grosso modo — ont été plantées en serre, puis les semis ont été transférés à l’Arboretum de Valcartier trois ans plus tard. À la fin de 2014, une mince «carotte» de 5 mm de diamètre, allant de l’écorce jusqu’au cœur des arbres, a été prélevée sur chacun d’eux afin de mesurer leurs cernes de croissance.

Résultats: les graines de l’extrême sud (les Carolines) n’ont pas survécu, mais les arbres qui ont grandi le plus, en moyenne, n’étaient pas les pins blancs de populations québécoises. Ce sont les graines de Pennsylvanie qui ont donné les arbres qui «performaient» le mieux à Valcartier. Pas énormément (quelques pour cent en général), mais c’est suffisant pour indiquer une meilleure adaptation.

D’une région à l’autre, les sous-populations d’une même espèce montrent toujours des adaptations aux conditions locales — par exemple, les populations les plus nordiques sont plus résistantes au froid. Mais les résultats de M. Girardin et de Mme Isabel indiquent que les changements climatiques ont rendu ces adaptations locales plus ou moins obsolètes pour les pins blancs de la région.

La nouveauté

Ce n’est évidemment pas une grosse surprise, commente Mme Isabel, puisque l’on savait déjà que beaucoup d’espèces animales et végétales progressent vers le nord, à mesure que le climat se réchauffe. «Mais là, ce qui est intéressant, c’est qu’on ne fait pas que constaté que les arbres qui venaient du sud ont mieux poussé. L’approche qu’on a utilisée nous permet de voir quels individus et quelles caractéristiques s’en tirent mieux», indique-t-elle.

La plupart des études passées qui testaient les «performances» de plusieurs cultivars se contentaient de mesurer la taille et le diamètre des arbres en fin de parcours. Les anneaux de croissance, eux, permettent de suivre l’effet qu’a eu la météo de chaque année sur la santé des arbres — par exemple, dans l’étude de M. Girardin et de Mme Isabel, un mois d’octobre particulièrement froid, en 2002, a ralenti de 20 % la croissance des pins blancs du sud l’année suivante.

Données météo et cernes de croissance

Dans l’ensemble, on a trouvé que la faculté de résister à des sècheresses au mois d’août ressortait très fort, indique M. Girardin. Les arbres du nord étaient les moins tolérants, alors ça envoie un signal que si le climat devient plus chaud et plus sec, les arbres locaux deviendront plus vulnérables». À nos latitudes, ce sont les pins blancs les plus résistants au froid qui sont sélectionnés depuis des milliers d’années, pas ceux qui peuvent se passer d’eau le plus longtemps.

Notons que ces deux chercheurs sont les premiers à avoir allier des données météo avec les cernes de croissance et des informations génétiques. Leur nouvelle approche est d’ailleurs louangée dans un commentaire qui a été publié en même temps que leur article dans le New Phytologist.