Le conseil de bande de Uashat-Malioténam et de Uashaunnuat veulent empêcher Hydro-Québec de déboiser un corridor près de la rivière Romaine pour construire une ligne de transmission d'hydroélectricité.

Les Innus veulent freiner le déboisement prévu à la Romaine

Le conseil de bande d'Uashat-Malioténam (ITUM), en son nom et celui des Uashaunnuat, soit l'ensemble des membres de la communauté, déposait ce matin au palais de justice de Montréal une demande d'ordonnance de sauvegarde afin d'empêcher Hydro-Québec de démarrer la construction du corridor nord de la ligne de transmission d'énergie du chantier hydroélectrique de la rivière Romaine, a appris Le Soleil.
Selon Me Jean-François Bertrand, qui représente les demandeurs, les Innus ont récemment découvert que la société d'État s'apprêterait à lancer sous peu les travaux de déboisement de ce corridor, alors que l'échéancier initial parlait d'un début des travaux en 2015. De leur avis, il faut donc agir rapidement.
«On se fiait à l'échéancier du projet, approuvé par les autorités gouvernementales, qui disait que les travaux du corridor nord devaient débuter en 2015. Mais voilà qu'on a appris durant les interrogatoires pour les autres procédures en cours que ces travaux étaient devancés et que ça partirait dans les prochains jours», a lancé Me Bertrand.
«Cette ligne passe dans le territoire ancestral de plusieurs familles traditionnelles de la communauté et ces travaux auront également un impact sur le caribou, qui fait encore partie des activités ancestrales, a poursuivi le procureur. Quand les travaux sont lancés, il n'est plus possible de revenir en arrière et c'est pourquoi nous demandons que cette ordonnance de sauvegarde soit immédiate et prolongée jusqu'au jugement sur l'injonction interlocutoire.»
Violation des droits ancestraux
ITUM avait déjà déposé en mai 2010 une injonction interlocutoire contre la ligne de transport des 1550 mégawatts que produiront à terme les quatre centrales du complexe Romaine. Cette ligne de 500 kilomètres doit traverser le Nitassinan, le territoire ancestral de la communauté. Les Innus évoquaient entre autres l'absence de consentement et la violation de leurs droits ancestraux pour justifier leur opposition. MeBertrand estime que cette injonction sera peut-être débattue en septembre.
Un an plus tôt, en juin 2009, la communauté située près de Sept-Îles avait aussi déposé une demande d'injonction permanente contre la réalisation du projet Romaine dans son ensemble. Le chantier avait été lancé un mois plus tôt. À l'époque, Hydro-Québec avait proposé 4 millions $ à ITUM en compensation pour la ligne de transport, un projet évalué à 1,5 milliard $. Le conseil de bande réclamait pour sa part 300 millions $.
Signalons aussi qu'en 2011, par le biais de référendums, la population d'Uashat-Malioténam a rejeté par deux fois une entente entre Hydro-Québec et ITUM pour le projet Romaine. Cette entente aurait procuré environ 125 millions $ à la communauté de près de 4000 membres.
Le chantier hydroélectrique de la rivière Romaine, à l'est de Havre-Saint-Pierre, est évalué à près de 7 milliards $, en excluant la ligne de transmission. Il doit se poursuivre jusqu'en 2020.