La diminution des précipitations et les températures à la hausse dans les pays producteurs de café pourraient amener une baisse de l'espace cultivable, mais, surtout, une diminution marquée de la qualité des grains cultivés.

Les changements climatiques jusque dans votre café

El Exigente, ce personnage tout de blanc vêtu joué par Carlos Montalban dans les vieilles publicités de café Savarin, pourrait dorénavant avoir plus de difficulté à sélectionner seulement les grains de la plus haute qualité.
Une étude publiée cette semaine dans la revue britannique Nature tend en effet à démontrer que les changements climatiques pourraient avoir un impact jusque dans votre tasse de café. 
La diminution des précipitations et les températures à la hausse dans les pays producteurs de café pourraient ainsi amener une baisse de l'espace cultivable, mais, surtout, une diminution marquée de la qualité des grains cultivés.
Dirigée par Justin Moat et Aaron P. Davis du Royal Botanic Gardens de Kew, au Royaume-Uni, l'étude arrive à la conclusion que l'Éthiopie, cinquième producteur mondial de café, pourrait perdre jusqu'à 60 % de ses terres cultivables d'ici la fin du siècle en raison des changements climatiques qui provoqueront une hausse de 5 °C de sa température moyenne d'ici 2090.
Les températures plus fraîches amènent le café à mûrir plus lentement, ce qui lui donne une saveur plus élaborée puisque certains éléments, comme l'acidité et la douceur, prennent plus de temps à se développer.
Inversement, des températures à la hausse comme on en note en Éthiopie depuis plusieurs années, amènent le café à mûrir trop rapidement, ce qui signifie des grains qui contiennent beaucoup moins de saveur et une boisson au goût beaucoup moins intéressant.
Menace réelle
Alain Olivier, directeur du Groupe interdisciplinaire de recherche en agroforesterie (GIRAF) et titulaire de la chaire en développement international de l'Université Laval, croit lui aussi que la menace est bien réelle.
«Il y a cette préoccupation dans plusieurs pays producteurs de café. On s'attend à une baisse de la production et à une baisse de la qualité. Cela pose certains dilemmes: des producteurs décident de cultiver ailleurs, de migrer vers la montagne, où le temps est plus frais. C'est possible dans un pays comme la Colombie, mais plus difficile au Brésil, qui n'a pas vraiment de zone plus fraîche», explique-t-il en entrevue avec Le Soleil.
M. Olivier rappelle que le café tolère mal le temps très chaud et que c'est particulièrement vrai pour l'Arabica, le café le plus prisé en occident. «Le café robusta résiste mieux, mais est de moins grande qualité», souligne-t-il.
Pour continuer de répondre à la demande, certains pays, comme le Vietnam, qui est devenu un joueur important du marché du café, vont justement cultiver davantage en montagne avec comme effet pervers la déforestation.
Meilleure solution
Si la migration vers les secteurs montagneux constitue une solution, Alain Olivier en propose cependant une autre qui aurait l'avantage d'être plus «agroécologique». «Comme le café est une plante qui supporte bien l'ombrage, on peut créer un système agroforestier où on cultive le café sous des arbres d'ombrage. Il a été démontré que quand elles grandissent à l'ombre, les plantes produisent des grains plus gros, plus parfumés et de meilleure qualité. L'ombre des arbres contribue aussi à tempérer le climat», explique-t-il.
Bref, tout le contraire de la déforestation provoquée par certains producteurs qui tentent de faire face à l'adversité. «Une solution serait justement de rafraîchir le climat en plantant des arbres, ce qui a aussi plusieurs autres effets bénéfiques comme d'éviter l'érosion du sol, produire du carbone et ramener certains éléments nutritifs au sol», poursuit M. Olivier.
Non seulement les plantations de café deviennent ainsi plus durables, mais le résultat est aussi concret dans votre tasse le matin avec un café de plus grande qualité et de meilleur goût.