Le verre, un casse-tête pour la Ville de Québec

Les citoyens de Québec mettent dans leurs bacs bleus environ 8000 tonnes de verre annuellement, en majorité des bouteilles de vin et de spiritueux mais également des pots de cornichon et de confiture. Au cours des dernières années, la société V.I.A, qui gère le centre de tri pour la municipalité, a eu beaucoup de mal à se défaire de cette matière pour éviter qu'elle ne finisse à la poubelle et sans que cela lui coûte une fortune à recycler.
V.I.A. a longtemps fait affaire avec Klareco, à Longueuil, la seule usine de traitement de verre qui récupérait gratuitement celui en provenance des centres de tri. Toutefois, il est arrivé que Klareco ne puisse pas recevoir les cargaisons de Québec et V.I.A. a dû se tourner vers des solutions alternatives.
En 2011, par exemple, le centre de tri de Québec a acheminé environ 12 % de son verre au groupe Bellemare, situé à Trois-Rivières. Mais plutôt que de le traiter gratuitement, l'entreprise facturait 20 $ la tonne, en plus de frais de transport de 35 $ la tonne. En comparaison, le transport du verre chez Klareco coûtait 7 $ la tonne parce qu'une partie était financée par la Société des alcools du Québec (SAQ).
Quand même aux sites d'enfouissement?
Klareco affirme jeter en moyenne moins de 10 % du contenu des camions chargés de verre qui franchissent les portes de son usine. Cette proportion, dit-on, représente tous les rebuts - comme la nourriture moisie, le liège ou les pièces métalliques - qui ont échappé au personnel et aux machines du centre de tri. Du verre peut aussi se retrouver dans ces rebuts.
Toutefois, chez Bellemare, on nous explique que l'entreprise s'est débarrassée de 10 % à 50 % des cargaisons reçues en provenance de Québec. On ne nous cache pas qu'il s'agit aussi de verre trop «contaminé» par les déchets pour être transformé en abrasif pour jet de sable. «Quand ça coûte trop cher à trier, t'as pas le choix d'opter pour la solution la moins onéreuse et c'est d'aller à l'enfouissement», illustre au Soleil un employé de l'entreprise.
Nouvelles procédures
En juillet, la SAQ a décidé de ne plus financer le transport du verre des centres de tri vers Klareco afin de diriger son argent vers des projets qu'elle juge plus porteurs. Klareco a de son côté commencé à facturer 20 $ la tonne pour le traitement du verre qu'elle considère désormais comme trop pollué pour les usages qu'elle en fait.
En raison de ces nouveaux coûts, V.I.A. s'est tournée vers un nouveau joueur, 2 m Ressources, à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui traite gratuitement le verre. Toutefois, son transport du centre de tri vers le recycleur coûte désormais le double du prix à la Ville de Québec.
1- Les citoyens de la Ville de Québec mettent au recyclage environ 8000 tonnes de verre annuellement. Les bouteilles de vin représentent une grande majorité de ce total, alors que les pots de cornichons ou de confiture, par exemple, comptent pour la balance.
2- Le verre est séparé des autres matières recyclables au Centre de tri de Québec, qui est géré par la société V.I.A. Celle-ci doit décider de ce qu'elle fait de ce matériau qui ne vaut rien sur le marché, contrairement à l'aluminium, très prisé.
3- V.I.A., embauchée par la Ville de Québec, dit avoir toujours refusé d'envoyer le verre directement à des sites d'enfouissement, comme à Saint-Tite-des-Caps. Elle a plutôt choisi de le transporter à l'usine Klareco de Longueuil, la seule qui se spécialisait jusqu'à récemment dans le traitement du verre. Jusqu'en juillet dernier, la Société des alcools du Québec finançait le transport du verre, qui revenait à 7 $ la tonne métrique. Depuis, le prix a doublé.
4- En 2011, V.I.A. a aussi acheminé du verre, dans une proportion d'environ 12 %, à l'entreprise Bellemare, à Trois-Rivières. Celle-ci recycle les matériaux, mais n'est pas spécialisée dans le traitement du verre et ne recevait donc pas la subvention de la Société des alcools du Québec. V.I.A. payait 30 $ par tonne métrique pour l'acheminer à l'usine.
5- Klareco transformait gratuitement le verre en petites particules, qui varient de grosseur selon l'utilisation finale. Elle se sert de celles-ci pour produire du jet de sable, des laines isolantes, des comptoirs, des pavés, du nouveau verre et du recouvrement pour sites d'enfouissement. Moins de 10% de la cargaison qu'elle reçoit se termine dans un site d'enfouissement. Il s'agirait de déchets non traitables, comme des résidus de carton, de métal ou du plastique. Du verre peut se trouver dans ces rebuts.
6- Bellemare transforme aussi le verre pour 25 $ la tonne métrique pour en faire du jet de sable. Mais entre 10 et 50 % des matières reçues par l'usine vont au site d'enfouissement parce qu'il s'avère plus onéreux de trier les matières résiduelles qui «contaminent» le verre que de s'en débarrasser.
Une matière qui se recycle à l'infini
Le verre peut se recycler à l'infini. Le hic, c'est que lorsque le calcin provenant des bacs de récupération sort des centres de tri, il est contaminé par les autres matières et n'est pas classé par couleurs. Cela empêche les entreprises de l'utiliser pour refaire du verre pour les boissons, par exemple, et les force à trouver des débouchés moins glorieux.
L'usine montréalaise du plus grand fabricant de verre au monde, Owens-Illinois (O-I), manque cruellement de verre de seconde main de qualité. Si bien qu'elle doit se tourner vers l'Ontario, où elle trouve la moitié de son approvisionnement.
«On n'est pas capable de trouver un assez grand volume de verre recyclé pour notre production», explique le directeur de l'usine, François Carrier. Par exemple, les bouteilles ambrées qui sont fabriquées à O-I Montréal contiennent 60 % de verre recyclé, contre 35 % pour les bouteilles claires.
«Les bouteilles de vin sont consignées en Ontario, c'est peut-être ce qui fait la différence», avance M. Carrier. Sa compagnie est l'une des rares à se positionner en faveur de l'implantation d'un système de consigne au Québec, qui est la seule province canadienne, avec le Manitoba, qui ne récupère pas les bouteilles en échange d'argent.
Le président de 2 m Ressources de Saint-Jean-sur-le-Richelieu, Michel Marquis, fait aussi partie ce ceux qui souhaiteraient l'implantation d'une consigne pour les produits de la Société des alcools du Québec (SAQ). Jusqu'à tout récemment, ce recycleur ne transformait que le verre consigné des États-Unis. «Celui provenant du Québec arrive mélangé. Et les centres de tri nous envoient des contaminants, comme du plastique et du métal», déplore-t-il.
Mais M. Marquis a néanmoins décidé d'investir dans une technologie optique pour traiter le calcin de moins bonne qualité et trouver de nouveaux usages pour celui-ci. Mais cela ne l'empêche pas de souhaiter que l'État remette de l'argent aux consommateurs qui ramèneraient leurs bouteilles de vin. «Les deux systèmes [de cueillette sélective et de consigne] doivent cohabiter», soutient-il.
M. Marquis se dit cependant conscient du manque d'espace dans les succursales de la SAQ et travaille sur un projet visant à répondre à cette problématique pour convaincre la société d'État de récupérer le verre provenant de la vente de ses produits.
2 m Ressources et l'usine de transformation du verre Klareco, à Longueuil, fournissent une partie du verre recyclé à O-I. Chez Klareco, la balance sert à fabriquer des laines isolantes, des comptoirs, des pavés, des abrasifs pour le sablage au verre et du recouvrement pour les sites d'enfouissement.
Selon le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, la plupart de ces utilisations ne sont pas très écologiques, puisque le plus «vert» demeure toujours de recycler le verre en verre.
La SAQ de son côté a beaucoup investi au cours des dernières pour trouver de nouveaux débouchés à ce matériau. La chaire de recherche sur la valorisation du verre de l'Université de Sherbrooke a d'ailleurs récemment trouvé un moyen de le réduire en poudre pour l'inclure dans le béton.