Les auteurs de l’étude se sont penchés sur 80 diverses populations de narvals, de bélugas, de baleines boréales, de phoques, de morses et d’ours polaires à travers le Nord et ont tenté d’évaluer leur vulnérabilité à l’égard de grands navires.

Le transport accru risqué pour les mammifères marins dans l’Arctique

Une accentuation du transport de marchandises pourrait faire de certaines portions du passage du Nord-Ouest les endroits parmi les plus dangereux dans l’Arctique pour les baleines et d’autres mammifères qui y vivent, laisse croire une nouvelle étude.

Dans une étude publiée lundi, Donna Hauser, de l’Université de l’Alaska, prévient que le détroit de Lancaster, à la frontière est du passage, pourrait devenir un goulot d’étranglement pour les navires et les mammifères marins.

Mme Hauser a souligné le potentiel élevé de «conflit» étant donné qu’il s’agit d’un passage obligé tant pour les navires entrant et sortant de la voie du Nord-Ouest que pour les mammifères marins en migration.

Mme Hauser et les coauteurs de l’étude se sont penchés sur 80 diverses populations de narvals, de bélugas, de baleines boréales, de phoques, de morses et d’ours polaires à travers le Nord et ont tenté d’évaluer leur vulnérabilité à l’égard de grands navires.

Les traversées du passage du Nord-Ouest, de même que de la route maritime du Nord russe, sont appelées à augmenter en raison de la fonte des glaces attribuée aux changements climatiques.

L’étude examine les croisements des habitats des animaux avec les routes maritimes probables au mois de septembre, lorsque la glace est à son plus bas niveau et le transport serait le plus courant. Elle évalue ensuite quels seraient possiblement les impacts d’une accentuation du transport sur les mammifères.

L’étude a conclu qu’un peu plus de la moitié des populations serait exposée au transport par bateau. Elle a aussi déterminé que les animaux dans le détroit de Lancaster, de même que dans une portion de la côte centrale arctique de la Russie, étaient les plus vulnérables.

Espèces plus vulnérables

Les ours polaires et les phoques courent peu de risques, selon l’étude, mais les baleines — particulièrement les narvals — seraient les plus vulnérables.

Mme Hauser a souligné que le trafic de bateaux pourrait perturber le comportement de baleines et nuire à leurs communications. Il pourrait aussi y avoir des collisions avec des navires.

«Il y a eu beaucoup de recherches suggérant que les navires pourraient avoir des impacts sur les mammifères marins», a-t-elle affirmé.

Des dizaines de milliers de baleines boréales, de bélugas et de narvals migrent dans le secteur et y trouvent leurs sources d’alimentation. Toutes les espèces étudiées représentent également des sources importantes de nourriture pour les Inuit qui chassent régulièrement dans la région.

Le transport dans le passage du Nord-Ouest est encore relativement rare. Mais étant donné que l’étendue des glaces de la mer diminue d’environ 13 pour cent chaque dix ans, le portrait devrait changer.

Selon Mme Hauser, l’étude laisse croire que le temps est venu de réfléchir sérieusement à ces enjeux.

«Il y aura beaucoup de travail politique pour déterminer quels sont les risques et les avantages de certains itinéraires», a-t-elle souligné.

Des techniques développées dans les eaux du Sud pour minimiser les conflits pourraient être adaptées dans le Nord, soutient l’étude. Le tracé avec soin de voies de transport, le contrôle du bruit provenant des navires et le choix de périodes de transport pour éviter les pointes de migration pourraient contribuer à réduire les risques pour plusieurs espèces.