Selon le pdg du Port de Québec, Mario Girard, l'expansion  devrait mener à  253 millions $ par année en «valeur ajoutée», et à 2000 emplois directs et indirects.

Le ton monte entre le port de Québec et le ministre Heurtel

Le ton monte entre l'Administration portuaire de Québec (APQ) et le ministre de l'Environnement, David Heurtel, au sujet du projet d'agrandissement du port. «Ce n'est pas le Port de Québec qui va décider quelles lois s'appliquent», a pesté le ministre, jeudi, réitérant que le dossier passerait sous la loupe du BAPE, peu importe ce qu'en dit l'APQ.
En entrevue au Soleil la veille, puis en mêlée de presse jeudi matin, le ministre David Heurtel a confirmé qu'il donnera un mandat circonscrit au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) afin qu'il enquête sur les travaux du port.
L'APQ mène actuellement ses démarches, qui incluent notamment une étude environnementale, de son côté, selon les règles fédérales. Le processus concerne la phase 1 de l'agrandissement, qui consiste à l'extension de la ligne de quais sur une distance de 610 mètres, ce qui implique l'agrandissement de la section d'arrière-quai de 18,5 hectares et la reconfiguration de la plage de la baie de Beauport.
M. Heurtel soutient que sa préoccupation principale à l'égard du projet d'agrandissement est de voir les lois québécoises en matière d'environnement s'appliquer. «Dès que le projet sera annoncé, nous pourrons faire un échéancier. [...] Nous nous attendons à nous mettre au travail cette année», expliquait-il dans nos pages de jeudi. L'annonce du projet est prévue «pour bientôt».
Le titulaire de l'Environnement veut approfondir des questions liées à la qualité de l'air, aux hydrocarbures et à l'écosystème marin, des enjeux de juridiction provinciale, plaide-t-il. Au terme de l'exercice, le BAPE produirait son propre rapport et ses propres recommandations.
«Enjeu économique majeur»
En réaction à l'article du Soleil, l'APQ a publié une mise au point jeudi matin dans laquelle elle déplore cette sortie «prématurée» du ministre de l'Environnement. Elle l'accuse de placer le Port dans «une situation regrettable» et de créer «de la confusion sur un enjeu économique majeur».
«La manchette en une du Soleil et les propos du ministre Heurtel laissent entendre que le port soumettrait son projet d'agrandissement au BAPE. Or, ce n'est pas le cas», a écrit l'APQ, avant de réaffirmer sa volonté de mener ses audiences en suivant les règlements fédéraux et faire fi d'une autorisation provinciale.
«L'APQ n'a pas l'intention d'assujettir son projet d'agrandissement à l'obtention d'un certificat d'autorisation émis par le gouvernement du Québec et au processus d'audiences publiques du BAPE.»
Surpris par la réaction du Port, le ministre Heurtel a durci le ton à sa sortie de la période questions. «C'est pas le Port de Québec qui va décider quelles lois s'y appliquent. Le gouvernement du Québec a compétence en matière environnementale au Québec et on défend cette position-là», a-t-il décoché. «On a le mécanisme [le BAPE] et on va l'utiliser.»
Confusion
M. Heurtel croyait avoir «rétabli des ponts» avec l'APQ, mais les deux parties semblent s'être mal comprises sur l'implication du BAPE dans le processus d'évaluation du projet d'agrandissement.
Ce qui était discuté «depuis janvier», selon l'APQ, était que le ministre puisse poser ses questions par l'entremise du BAPE lors des consultations publiques de l'APQ - tenues selon les normes fédérales et lesquelles se dérouleront devant trois commissaires indépendants. Il ne semble jamais y avoir été question d'un processus plus approfondi du BAPE au sens de l'APQ. Le ministre, lui, croyait avoir «une entente verbale» sur une collaboration entre le port et le gouvernement du Québec.
«Je trouve ça dommage qu'ils prennent ce genre d'attitude là», a répliqué M. Heurtel. «Nous avons tenté de travailler dans un esprit de collaboration.»
Invitée par Le Soleil à préciser sa pensée, l'APQ s'est montrée plus modérée dans ses commentaires et a ouvert la porte à une collaboration avec le gouvernement du Québec. «On est vraiment dans un esprit de collaboration. On est disposés à recevoir les recommandations [du BAPE] comme une partie prenante de notre processus de participation citoyenne», a précisé Marie-Andrée Blanchet, porte-parole de l'APQ. «On est quand même dans un ton de réceptivité.» Les recommandations seront prises en compte, mais rien n'assure qu'elles seront appliquées.
Appelé à commenter la situation, le ministre fédéral responsable des régions du Québec, Denis Lebel, a préféré ne pas se mouiller. «Il s'agit d'un enjeu entre le port de Québec et le gouvernement provincial. Le port opère de façon indépendante du gouvernement fédéral», a indiqué son cabinet, sans émettre davantage de commentaires.