Simon Blanchette, un client de Grey Ghost Destinations, à Barachois, a pêché, puis remis à l'eau ce bar rayé.

Le sud de la Gaspésie propice à la pêche du bar rayé

Les Gaspésiens et les touristes profitent ces jours-ci d'une pêche prisée, qui n'était plus possible au Québec depuis des décennies. Ils peuvent taquiner le bar rayé du côté sud de la péninsule. Et dès samedi, ils pourront même conserver une capture par jour pendant un mois.
Julie Gagné, de Saguenay, lance sa ligne à partir de la plage de Barachois, près de Percé. En voyage en Gaspésie, cette mordue de pêche a entendu dire que le bar rayé était présent et que Barachois était «le spot». Il n'en fallait pas plus pour qu'elle empoigne sa canne. «C'est un gros poisson [jusqu'à un mètre de long], assez combatif. Il paraît que tu as un gros thrill», dit-elle.
Ce «gros thrill», Gilbert Scantland, de Gaspé, l'a vécu à maintes reprises ces dernières semaines. Déjà pêcheur de saumon, M. Scantland affirme que «le saumon aiguise ta patience; avec le bar, tu exerces ton bras! L'autre jour, j'ai pris une quinzaine de bars en deux heures. Comme ça peut prendre 10 à 15 minutes à le ramener, il n'y a pas eu beaucoup de temps où je n'étais pas «connecté» à un bar». M. Scantland libère toutes ses prises.
En 2013, la pêche au bar avec remise à l'eau obligatoire a été instaurée en zone côtière du côté sud de la Gaspésie (du pont de Campbellton au Cap Gaspé) entre le 15 juin et le 30 septembre. La nouveauté en 2014: du 26 juillet au 24 août, les pêcheurs peuvent conserver un bar par jour, s'il mesure moins de 65 cm.
Le bar rayé fait le bonheur des pourvoyeurs. Grey Ghost Destinations de Barachois accueille surtout des saumoniers. Mais cette année, son propriétaire, Donald Bourgoin, estime que «15 à 20 % de ma clientèle vient juste pour le bar rayé». Ce sont surtout des Québécois, dont certains allaient au Massachusetts ou dans le Maine pour taquiner le bar.
La Gaspésie peut faire valoir une combinaison unique: ses réputées rivières à saumon et la pêche au bar rayé. En cette année de faibles montaisons de saumon, «ça aide, indique M. Bourgoin. Si ça ne mord pas dans le saumon, on amène nos clients au bar rayé.»
Le bar rayé était rare en Gaspésie jusqu'en 2009, lorsque des individus qui frayent dans la rivière Miramichi, au Nouveau-Brunswick, ont multiplié leurs incursions sur les côtes gaspésiennes, où ils viennent s'alimenter.
Le bar observé en Gaspésie, qui fait partie de la population du sud du golfe, ne doit pas être confondu avec celui du fleuve Saint-Laurent, disparu dans les années 60 et réintroduit depuis 2002. La population du fleuve, encore fragile, est toujours frappée d'un interdit de pêche.
Crainte pour le saumon
Avec l'arrivée des bars surgit une crainte : qu'ils se délectent des saumoneaux qui descendent les rivières en mai. En 2013 et en 2014, des bars et des jeunes saumons ont été munis d'émetteurs pour suivre leurs déplacements.
Selon des résultats préliminaires, ces craintes seraient injustifiées. «La dévalaison [des saumoneaux] était pratiquement terminée quand les bars se sont pointés dans les estuaires», indique Valérie Bujold, biologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.
Le contenu des estomacs de bars sera aussi analysé. «À première vue, il ne semble pas y avoir une forte proportion de saumoneaux, dit Mme Bujold. [...] Les proies majoritaires sont plutôt celles qui se déplacent en bancs, comme les épinoches et les lançons.»
La biologiste incite les pêcheurs à prendre leurs précautions s'ils veulent profiter longtemps du bar. «Quand on fait la remise à l'eau, c'est important de laisser le poisson sous l'eau le plus possible, de limiter l'exposition à l'air», dit Mme Bujold.