Le conseil municipal de Lévis a adopté la semaine dernière trois règlements pour permettre l'agrandissement du club de golf.

Le club de golf La Tempête veut s'agrandir sur un milieu humide

Le club de golf La Tempête, qui accueille plusieurs compétitions internationales à Lévis, planifie un agrandissement empiétant sur un milieu humide d'importance. La Ville de Lévis a déjà donné son accord. Un certificat d'autorisation a été demandé au ministère de l'Environnement, qui fait ses vérifications.
Le terrain de golf, où s'arrêtera prochainement le Circuit des champions de la PGA, est ouvert depuis 2005 à Sainte-Hélène-de-Breakeyville, un quartier de Lévis. Serge Dussault, président du conseil d'administration de la firme de génie-conseil Roche et promoteur immobilier sur la Rive-Sud de Québec, en est le président et copropriétaire. Ce dernier a aussi développé le quartier résidentiel de prestige La Seigneurie du Golf tout du long.
Les verts de La Tempête jouxtent la tourbière Sainte-Hélène, d'une superficie de 4,5 kilomètres carrés. Le projet d'agrandissement aurait pour effet d'accaparer 51 hectares de ce grand milieu humide, soit 11 % de la tourbière. C'est l'équivalent de la moitié des plaines d'Abraham. Le golf actuel couvre 80 hectares.
Écosystèmes riches et fragiles, les milieux humides font l'objet de mesures de conservation particulières par le gouvernement du Québec, comme les forêts et les terres agricoles. Avant d'y entreprendre toute construction, il faut obtenir un certificat d'autorisation du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELC).
Le club de golf a déposé sa demande. Une étude de caractérisation du milieu et des propositions de mesures de compensation l'accompagnent. Ces mesures peuvent aller de la création d'un milieu comparable à une compensation financière.
Au ministère de l'Environnement, le porte-parole Frédéric Fournier confirme que le gouvernement provincial a l'étude de caractérisation du promoteur en main, mais a tout de même décidé de faire ses propres validations sur le terrain. C'est une procédure régulière, qui permet de préciser les qualités d'un milieu et d'en évaluer l'intérêt, dit-il. Des employés du Ministère sont donc sur le terrain tout l'été pour recueillir des informations sur la flore et la faune, qui seront analysées cet automne.
M. Fournier parle d'une étude «globale et territoriale», ce qui signifie qu'«on prend en compte ce qui est autour, dans la région» avant de décider s'il faut conserver ou pas les espaces convoités.
Trois règlements
Le conseil municipal de Lévis est plus avancé. Il a adopté la semaine dernière trois règlements pour permettre l'agrandissement du golf La Tempête.
Le premier a autorisé l'ajout d'une zone Loisir sur des terres dézonées, qui pourront dorénavant accueillir le terrain de golf. Il vise aussi à limiter les interventions humaines dans cette zone faisant partie du bassin versant de la Chaudière, qui alimente en eau potable tout l'ouest de Lévis.
Le deuxième règlement statue que les plans pour toute construction dans cette zone doivent être préalablement approuvés. Le troisième spécifie que le permis de construction d'un bâtiment principal est soumis à certaines contraintes reliées aux systèmes d'épuration des eaux. Une autorisation du ministre de l'Environnement est nécessaire.
Le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, a affirmé au Soleil que le conseil municipal avait jugé que le projet était conforme aux règlements municipaux. «L'élément qui reste à régler au niveau du golf de La Tempête, c'est l'élément environnemental. Et ça, ça touche directement le ministère de l'Environnement. Nous, en ce qui nous concerne, sur le plan urbanistique, sur le plan de notre direction de l'Environnement, nous sommes favorables à l'agrandissement du golf.»
L'administration Lehouillier ne voit pas d'inconvénient à ce que le milieu humide soit détruit. «À condition que les compensations soient bien faites, nous, on n'a pas de problème.» Et dans ce cas-ci, de l'avis de la Ville de Lévis, les compensations sont correctes. La Ville a même eu une rencontre avec les représentants du Ministère pour leur expliquer pourquoi elle adhère à ce projet.
Le Soleil est entré en contact avec Serge Dussault pour parler du projet d'agrandissement. Ce dernier a redirigé l'appel vers le directeur général de La Tempête, André Raymond, qui n'a pas rappelé malgré plusieurs messages laissés à son intention.
Deux lobbyistes, une firme
Le président du club de golf La Tempête, qui est aussi président du conseil d'administration de Roche, a mandaté un collègue de la firme d'ingénieurs pour défendre le projet d'agrandissement auprès du ministère de l'Environnement et de la Ville de Lévis. Serge Dussault est lui-même lobbyiste pour obtenir un changement de zonage et de lotissement pour un développement immobilier parallèle, la Seigneurie du Golf.
Le registre des lobbyistes nous apprend que Claude Drouin, directeur régional pour Roche basé à Saint-Georges, est payé (moins de 10 000 $) pour faire des démarches afin d'obtenir le certificat d'autorisation prescrit par la Loi sur la qualité de l'environnement.
La commission Charbonneau a identifié M. Drouin, ancien député fédéral, comme prête-nom pour des contributions politiques illégales. L'UPAC l'a également présenté dans des mandats de perquisition comme le successeur de Marc-Yvan Côté en tant que responsable des relations avec les sphères politiques. 
M. Dussault s'est lui-même inscrit comme lobbyiste pour les Immeubles Champs-Bois, la compagnie qui gère le développement de la Seigneurie du Golf et qui lui appartient. Il voudrait y construire des habitations multifamiliales isolées de quatre logements et plus sur plus de deux étages.
L'homme d'affaires a un autre mandat actif, pour un éventuel développement résidentiel à Saint-Étienne.
«En toute transparence»
Chez Roche, la porte-parole Marie-Christine St-Pierre n'a rien à redire sur ces mandats. Celui de Claude Drouin est «mené en toute transparence», a-t-elle fait valoir dans une réponse transmise par courriel. «M. Serge Dussault est l'un des nombreux actionnaires de ce client. Toutefois, ce mandat de nature privée s'inscrit dans la nature des nombreuses activités de Roche», a-t-elle ajouté.
Quant aux mandats du président lui-même, «ils ne sont pas enregistrés au nom de Roche et nous ne les commenterons donc pas».