Hydro-Québec construit depuis quelques années un complexe de barrages hydroélectriques sur la rivière Romaine, sur la Côte-Nord, un des plus grands chantiers industriels du Québec.

L'aquaculture pourrait bénéficier du projet de La Romaine

Habituellement, poissons et centrales hydroélectriques ne font pas bon ménage, pour des raisons évidentes. Ça pourrait être tout le contraire au complexe de la rivière Romaine, sur la Côte-Nord.
En effet, la région développe un projet novateur visant l'installation de bassins d'aquaculture reliés aux quatre centrales du complexe. Les bassins récupéreraient simplement les eaux de refroidissement des centrales. Déjà chaudes (30 degrés en été, 20 en hiver), ces eaux réduiraient de beaucoup les coûts de production et augmenteraient le rythme de croissance des poissons.
«Oui, ça se fait, l'étude de faisabilité technique le démontre et le potentiel est fort. On pourrait avoir des bassins assez grands et chauffés à 15 degrés à l'année», a lancé Guy Bouchard, chargé de projet chez Initiatives de développement économique Minganie (IDEM), l'organisme qui pilote le dossier. «Avec cette eau, les poissons auront un rythme de croissance deux fois plus rapide. Si on avait à chauffer l'eau, les coûts de production augmenteraient de 50 à 60 %.»
On a déjà vu des sites d'aquaculture utiliser les eaux de refroidissement d'usines de pâtes et papier, par exemple, mais jamais celles d'une centrale hydroélectrique, soutient M. Bouchard. «Des projets comme ça, structurants et de développement durable, ça plaît à tout le monde. Hydro-Québec collabore à fond avec nous, d'autant plus que ça ne nuit en rien à la production d'électricité», ajoute le porte-parole.
Serres hydroponiques
IDEM voit encore plus loin que quatre bassins d'aquaculture aux quatre centrales de la Romaine, qui représente le scénario 1 pour l'organisme. Le scénario Plus, aux dires de Guy Bouchard, optimiserait le projet en y ajoutant des serres hydroponiques, elles aussi chauffées gratuitement à l'année. On pourrait donc avoir des légumes frais du jour à 100 kilomètres au nord de Havre-Saint-Pierre.
«Dans ce scénario, les déchets des poissons serviraient de nourriture aux plantes. Ça devient encore plus créateur d'emplois et novateur, ça va encore plus loin. Tout le monde en Minganie voulait qu'on fasse quelque chose de structurant avec la Romaine, on est peut-être en train de le faire», enchaîne Guy Bouchard.
M. Bouchard refuse de parler de coût pour l'instant, mais évalue tout de même le scénario 1 à environ 1million $. La hauteur de l'investissement sera mieux connue quand le privé entrera dans la partie.
«Pour l'instant, le projet est piloté par IDEM, mais au milieu de l'automne, le milieu devrait le reprendre. Il y a déjà des investisseurs très intéressés, autant des gens de la région que des entreprises de l'extérieur déjà implantées dans l'aquaculture», conclut le porte-parole, qui signale qu'un premier site pourrait être opérationnel d'ici 12 à 18 mois, si tout va bien.