La Ville de Québec a identifié une cinquantaine d'arbres touchés par l'agrile du frêne dans le quartier Montcalm.

L'agrile du frêne difficile à détecter

La Ville de Québec a beau avoir identifié une cinquantaine d'arbres touchés par l'agrile du frêne dans Montcalm, mais il y a de «fortes chances» pour que le nombre réel de spécimens infestés soit nettement supérieur, selon un entomologiste de Forêt, Faune et Parc (FFPQ), qui n'est pas très optimiste sur les chances de contenir le petit ravageur au centre-ville.
«Le problème avec l'agrile du frêne, c'est la détection, explique Pierre Therrien. Même quand il est à l'intérieur de l'arbre, ça prend quelques années avant que des symptômes apparaissent. Alors là, ils ont identifié une cinquantaine d'arbres, et je ne sais pas s'ils se sont basés sur des symptômes visuels sur un échantillonnage de branches qu'on pèle petit à petit, mais il y a de fortes chances qu'il y a plus que 50 arbres infestés. C'est juste qu'ils ne montrent pas encore de symptômes. Alors même si on coupe les 50 identifiés, cela ne changera pas grand-chose. On peut espérer contenir l'agrile dans Montcalm mais, d'après mon expérience, ça ne risque pas tellement d'arriver.»
Plus tôt cette semaine, un autre entomologiste, Robert Lavallée du Service canadien des forêts, évoquait le cas d'un frêne de Montcalm qui montrait des signes d'infestation jusqu'au tronc - un signe que l'insecte est présent depuis longtemps, car il attaque les arbres par la cime d'abord, avant de descendre. Le Soleil a pu constater sur place que c'est bien le cas d'au moins un arbre, au coin René-Lévesque et du Parc : de larges pans d'écorce arrachée (vraisemblablement par un technicien à la recherche de l'envahisseur) laissait voir des galeries en «S» caractéristiques du petit insecte vert.
«Ça (le fait que des troncs soient infestés) veut dire que ça remonte à plusieurs années», dit M. Therrien.
Rappelons que la Ville de Québec a fait savoir lundi qu'elle avait découvert la présence de l'agrile du frêne sur son territoire. On savait que ce ravageur, détecté à Montréal depuis 2011, allait finir par arriver dans la région, mais on ignorait quand. Originaire d'Asie, où il s'attaque aux frênes moribonds, l'insecte pond ses oeufs sur des frênes, où ses larves se nourrissent du «phloème» de l'arbre, soit la couche juste sous l'écorce par laquelle circule la sève. Plus le phloème est grugé, moins la sève peut circuler - jusqu'à ce que l'arbre en meurt. En Amérique, les frênes n'ont pas les mécanismes de défense qu'il faut pour lutter contre cette espèce, introduite dans les années 90. 
Plusieurs frênes de l'avenue du Parc et des environs montrent des signes de dépérissement - feuillage éclairci, présence de jeunes pousses, nommées gourmands, sur le tronc, etc. Les résidants du secteur rencontrés par Le Soleil, s'ils étaient pour la plupart au courant de la présence de l'agrile dans le quartier, ne semblaient pas conscients de ce qui se passe dans leur rue.
«J'ai vu des chiffres (sur la situation à Montréal, ndlr), c'est assez épouvantable, mais on ne peut pas y faire grand-chose», philosophait Bruno Gagnon.
Rappelons que la Ville de Québec ne demande pour l'instant à personne d'abattre d'arbre sur des terrains privés, mais de l'aviser si un propriétaire de frêne voit que quelque chose «cloche» avec son arbre.