Le lac Saint-Charles est la source d'eau potable de plus de 250 000 Québécois, selon Caroline Brodeur, directrice générale de l'Organisme des bassins versants de la Capitale.

Lac Saint-Charles: il faut s'attaquer aux sources du mal, disent les riverains

«On n'est pas surpris pantoute! Ça fait sept ans qu'on dit à la Ville qu'il y a des problèmes. Le lac Saint-Charles, ce n'est pas d'hier qu'il y a un problème.»
Peter Marcoux, porte-parole de l'Association des riverains du lac Saint-Charles, est «content» que Régis Labeaume s'inquiète de la santé de cette réserve naturelle. Il est cependant bien découragé par le nouvel épisode de la saga politique qui se joue dans la région, tandis que la source d'eau potable où s'abreuvent quelque 250 000 habitants de la capitale souffre.
Mardi, Régis Labeaume dénonçait la dégradation de la qualité de l'eau. Ce, malgré un plan d'action régional adopté en 2011 afin de renverser la vapeur. «Il n'est pas impossible que dans les prochains mois, avec nos collègues, nous prenions des mesures draconiennes pour s'assurer qu'à l'avenir, le lac cesse de se détériorer. [...] J'ai bien l'intention d'être assez drastique parce que je ne veux prendre aucune chance.»
Malheureusement, le maire a lancé le pavé dans le lac, mais refuse de diffuser l'étude qui l'inquiète tant. Son attaché de presse n'a pas répondu, mercredi. Au Service des communications de la Ville, un des porte-parole assure néanmoins que les informations sont «préoccupantes». Jacques Perron ajoute par contre qu'il «n'est pas question de les rendre publiques».
«Il n'est pas nécessaire d'entreprendre des actions drastiques la semaine prochaine, à court terme», tempère-t-il. Une flopée de nouvelles études devront être réalisées afin d'évaluer les impacts économiques, environnementaux et sociaux de toutes mesures restrictives qui pourraient être imposées aux municipalités du nord de la capitale afin de requinquer le lac.
Il est grand temps qu'on s'attaque directement aux sources du mal, déplore Peter Marcoux, de l'Association des riverains. Le développement résidentiel se poursuit autour des rivières qui se déversent dans le lac Saint-Charles. Aussi, les rejets d'eaux usées de plusieurs municipalités du nord, dont Stoneham-et-Tewkesbury et Lac-Delage, ne seraient pas «aux normes». Les politiques devraient régler ces dossiers épineux qui promettent des dépenses d'infrastructures de millions de dollars au lieu de se concentrer sur le reboisement des terrains bordant le lac, pense-t-il.
«Les arbustes, ça paraît bien. De là à être utile, c'est une autre histoire», critique justement Denis Falardeau. Il habite sur la berge du lac Saint-Charles. Il s'est senti «exproprié» quand les autorités ont planté des végétaux sur une bande de plusieurs mètres de son terrain. «Ce qu'ils ont fait chez nous, ça ne donne rien.» Pendant ce temps, les eaux sales continuent d'être déversées dans les affluents.
Soyez patients
Soyez patients, demande le préfet de la MRC de la Jacques-Cartier et maire de Stoneham-et-Tewkesbury, Robert Miller. «Tout ne se règle pas en criant lapin!» Un plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) a été adopté à l'unanimité en décembre 2011 par les 28 municipalités membres de la Communauté métropolitaine de Québec. Ce projet est entré en vigueur après sa sanction par le gouvernement en juin 2012. «C'est un consensus qu'il est important d'agir pour la protection du cours d'eau. [...] Les normes de rejets dans les affluents vont être resserrées, on va s'y conformer.»
«Peut-être que M. Labeaume trouve que les résultats n'arrivent pas assez vite», se questionne Robert Miller. «Il faut laisser le temps aux nouvelles structures de se mettre en place. Il ne faut pas s'imaginer que c'est miraculeux, que du jour au lendemain ça règle tout en claquant des doigts.»
L'Association pour la protection du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL) a récemment réalisé une étude sur la santé du plan d'eau pour le compte de la Ville de Québec. La Ville a refusé de nous envoyer une copie.
Caroline Brodeur, directrice générale de l'Organisme des bassins versants de la Capitale, n'a pas encore vu ces résultats attendus. Elle souligne par contre que les inquiétudes sont fondées : «Ce n'est pas pour rien que la Ville de Québec et la Communauté métropolitaine de Québec avaient pris des mesures draconiennes. Il y a des cyanobactéries... Le lac Saint-Charles, c'est la source d'eau potable de plus de 250 000 personnes, c'est important de le protéger.»