Le lac Saint-Augustin reçoit tellement de nutriments et de matières en suspension qu’il étouffe, littéralement.

Lac Saint-Augustin: l'autopsie rendue publique

C’est l’équivalent environnemental d’un coroner qui doit enquêter sur la crise cardiaque d’un homme ayant passé 30 ans à fumer, à se nourrir de chips et de crème glacée, à prendre un coup et à ne faire pour toute activité physique que d’appuyer sur les boutons de sa zapette: l’Organisme des bassins versants de la Capitale a rendu publique mercredi sa dernière «diagnose» du lac Saint-Augustin et les résultats sont… comment dire… pas très étonnants.

«La dégradation du lac Saint-Augustin est à ce point avancée que des fleurs d’eau de cyanobactéries se produisent depuis au moins 15 ans, […] forçant les autorités à y interdire la baignade. Les herbiers aquatiques sont si envahissants à plusieurs endroits que la navigation est rendue impossible [… et des] études ont également montré la présence de métaux lourds dans les sédiments du fond du lac», indique le document.

Au moins, conclut le texte, la qualité de l’eau ne semble pas s’être dégradée depuis la dernière «autopsie», qui remonte à 2002. Mais cela n’a pas empêché le lac de perdre 2 espèces de poissons sur les 7 qu’il comptait il y a une vingtaine d’années — et encore, 86% des spécimens capturés par les biologistes appartiennent à une seule espèce, la perchaude.

Les causes du problème sont multiples et ont été (re)confirmées par un travail d’échantillonnage réalisé pour la diagnose, en 2014-2015. Au premier chef, le lac reçoit tellement de nutriments et de matières en suspension qu’il étouffe, littéralement. Les abondantes surfaces gazonnées qui l’entourent, de même que les rues et les stationnements, ne laissent pas percoler l’eau autant qu’un milieu naturel. L’écoulement accéléré charrie plus de matière et de nutriments (notamment à cause de l’usage d’engrais). Et une fois tout ça dans le lac, cela favorise les éclosions d’algues bleues — dont certaines sont si spectaculaires que la diagnose en dit qu’elles ressemblent à «un déversement de peinture».

Notons que l’eau du lac Saint-Augustin est également trop salée, avec des concentrations de chlorures de 115 à 130 milligrammes par litre. Ce qui, même si ce n’est pas en soi un gros problème pour la vie aquatique, est environ 10 fois plus que la normale pour un lac de la région.

Les actions entreprises depuis les années 90 pour revigorer le lac Saint-Augustin ne semblent pas avoir eu d’effet — ou du moins, elles n’ont pas été suffisantes. Par exemple, des efforts ont été faits pour sensibiliser les riverains à l’importance de renaturaliser les berges, ce qui permettrait de retenir plus de nutriments, mais la végétation naturelle occupe toujours moins de la moitié (47%) des rives, déplore la diagnose.