Le crabe des neiges du sud du golfe Saint-Laurent fait vivre des milliers de familles en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine et dans les Maritimes.

La pêche au crabe menacée

CARLETON — Les crabiers gaspésiens et madelinots sont estomaqués d’apprendre que des gestionnaires du ministère fédéral des Pêches et des Océans songent à fermer complètement la pêche au crabe dans le sud du golfe Saint-Laurent si une ou des carcasses de baleines noires y sont trouvées à la dérive ce printemps.

Les pêcheurs ont appris cette possibilité lors du comité consultatif sur le crabe des neiges, tenu mercredi à Moncton, au Nouveau-Brunswick. D’autres scénarios ont été présentés par les représentants de Pêches et Océans Canada.

«Il y a deux options, dont une disant que ça prendrait une baleine morte pour complètement fermer la pêche», signale, avec incrédulité, Daniel Desbois, président de l’Association des crabiers gaspésiens.

Lui et d’autres pêcheurs, dont des homardiers détenant des allocations de crabes des neiges, ont été sidérés de voir que les scénarios proposés par le ministère n’ont été accompagnés d’aucune documentation, «des propositions à froid», déplore-t-il.

Pour prévenir ça (la fermeture complète), ils étudient aussi deux autres possibilités, une «statique», soit fermer le même grand quadrilatère que l’an passé le 15 mai, ce qui correspond à l’apparition de la première baleine noire vivante en 2017, et une proposition «dynamique», fermer des quadrilatères plus petits, selon les observations de baleines. «Par exemple, si on note la présence de trois baleines, un quadrilatère pourrait être fermé pendant deux semaines. La taille des quadrilatères n’est pas déterminée encore», ajoute M. Desbois.

L’an passé, un des décès de baleines noires a pu être lié à un empêtrement dans des engins de pêche au crabe, et les scientifiques croient en la forte possibilité qu’une seconde mortalité y soit attribuable.

La pêche au crabe dans la seule partie sud du golfe Saint-Laurent constitue une activité économique majeure pour les régions côtières adjacentes, soient le nord-est du Nouveau-Brunswick, la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine et, à un moindre degré, l’Île-du-Prince-Édouard et l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

En 2017, les débarquements dans cette partie du golfe ont généré des revenus d’environ 480 millions $ pour les crabiers, une valeur qui double pratiquement après la transformation.

Les contingents devraient baisser de 44 %, soit de 43 475 à 25 286 tonnes métriques en 2018, une année moyenne, mais ils devraient quand même générer des revenus d’environ 280 millions $ pour les pêcheurs si le prix est similaire, ce qui est assez probable. Le prix du crabe transformé n’a pas bougé depuis août sur le marché américain.

Autres questions

Daniel Desbois a d’autres questions pour Pêches et Océans Canada. «Comment allez-vous nous prouver que vous avez vu des baleines noires, ou que ce n’est pas la même que vous voyez deux ou trois fois?»

Il craint que le «drôle de système» de Pêches et Océans, si certains éléments se concrétisent, n’incite pas les pêcheurs à collaborer pleinement comme observateurs de baleines noires. «On ne veut pas qu’il arrive du mal aux baleines. Ce n’est clairement pas dans notre intérêt», dit-il aussi.

Les crabiers du sud du golfe avaient été jusqu’à maintenant soumis à des mesures visant à limiter le cordage liant les casiers entre eux, une mesure que plusieurs pêcheurs appliquaient déjà. Le ministère des Pêches et des Océans n’a pas commenté la situation jeudi.

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EN CHIFFRES

461: nombre de bateaux détenant un permis de capture du crabe des neiges dans le sud du Golfe

25 286 tonnes métriques: le contingent attendu de crabe de ce secteur en 2018

280 millions $: revenus attendus pour les pêcheurs de crabe du sud du golfe en 2018