La loi québécoise de la consigne s'attaque au contenu et non pas au contenant. Une bouteille d'eau n'est pas consignée, mais une bouteille de boisson gazeuse faite du même plastique l'est.

La guerre des bouteilles vides

Le retour d'une canette de boisson gazeuse contre cinq sous suscite la controverse plus que jamais. Les lobbys pro et anticonsigne s'affrontent sur ce geste pratiqué toutes les semaines par des millions de Québécois.
Chez les défenseurs de la consigne, on soutient que la somme de cinq sous est devenue dérisoire. En vigueur depuis 1984, elle n'a plus le même incitatif qu'autrefois. Et sa portée n'est plus ce qu'elle était non plus. Une bouteille d'eau n'est pas consignée; pas de cinq sous au dépanneur. Mais une boisson gazeuse vendue dans une bouteille identique le sera.
Pourquoi? Parce que la loi québécoise s'attaque au contenu... pas au contenant. Une situation absurde, juge Marie-Michèle Paul, de Pro-Consigne Québec. «On consigne si c'est de la boisson gazeuse sucrée... mais pour exactement la même canette, on ne consigne pas s'il n'y a pas de bulles ou de sucre. On veut étendre le système à tous les contenants similaires, pour que les gens n'aient plus à se poser la question.»
Selon la coalition, la consigne québécoise est nettement plus efficace que le bac bleu. Une bouteille d'eau sera recyclée à seulement 40%, contrairement à une bouteille de boisson gazeuse - identique mais consignée -, qui sera elle recyclée à plus de 70%, estime l'organisme. Du même souffle, Pro-Consigne prêche donc pour doubler le montant de la consigne.
Le hic? L'industrie s'oppose farouchement à tout élargissement de la consigne. Le lobby anticonsigne souhaite même sa mort pure et simple. «Il y a deux systèmes au Québec, pour sensiblement les mêmes contenants! Quand on a deux systèmes en parallèle, qui collectent la même matière, des canettes d'aluminium, là nous, on se questionne beaucoup sur la pertinence de maintenir ce système. Ça se dédouble», dénonce Maryse Vermette, pdg d'Éco Entreprises, qui représente tous les détaillants majeurs impliqués dans la consigne au Québec.
«On a deux systèmes, ça veut dire deux flottes de camions différentes. Et, au bout du compte, ces matières-là s'en vont dans les mêmes centres de tri et les mêmes transformateurs», soutient Maryse Vermette, pour qui le bac bleu a fait amplement ses preuves.
Dès 2013, les commerces devront par ailleurs acquitter 100% de la facture liée à la collecte sélective, et l'industrie entend bien en profiter pour réclamer l'abandon de la consigne. «Le système de consigne a été important au Québec. Mais c'est un système qui vient désormais en compétition avec la collecte sélective», ajoute la pdg, rappelant que ses membres n'ont pas les moyens de financer les deux collectes.
Sans surprise, Éco Entreprises s'oppose à un élargissement de la consigne. «L'élargissement, ça dépasse l'entendement! On a des taux de récupération qui sont rendus au même niveau que la consigne, et là on dit qu'on veut élargir?»
À noter que cette bataille de canettes n'a rien à voir avec la consigne pour les contenants à remplissage multiple, soit les bouteilles de bière traditionnelles en verre. Sur ce point, tout le monde est d'accord: le système qui est en place est efficace et il plaît aux consommateurs et aux brasseurs. Aucun acteur n'a l'intention de le modifier.