La ferme Chapais fait partie des sites potentiels pour construire le futur hôtel de ville de Lévis.

La ferme Chapais doublement convoitée

Les terrains de la ferme Chapais à Lévis, dont Gilles Lehouillier veut faire un parc, sont très convoités. Pendant qu'Énergie Valero songe à les annexer à la «ceinture verte» autour de la raffinerie, la Ville de Lévis elle-même les a placés parmi les lieux potentiels pour y installer son nouvel hôtel de ville.
«C'est un dossier qu'on regarde évoluer avec beaucoup d'intérêt. On est au courant que le gouvernement fédéral va cesser ses activités et se départit de ses terrains. On sait aussi que la Ville a démontré beaucoup d'intérêt. [...] Je vous mentirais si je vous disais qu'il n'y a pas d'intérêt et qu'on ne regarde pas ça. On ne ferme pas la porte, ça, c'est clair», a commenté le porte-parole d'Énergie Valero, Michel Martin.
Valero, anciennement Ultramar, a développé au fil des années une «ceinture verte» autour de sa raffinerie de Saint-Romuald. Cette zone tampon, composée d'espaces verts, permet de «préserver et d'améliorer nos relations avec le voisinage».
Elle assure aussi de tenir à distance tout développement immobilier. «Ça arrive aussi ailleurs dans le monde industrialisé. On va construire des maisons près de l'usine et après ça, les gens ne sont pas contents de la présence de l'usine.»
«Ceinture verte»
Déjà, l'entreprise possède le parc des Écarts et le boisé de l'Abbaye. Des espaces verts qui le resteront et que Valero veut rendre accessibles à la population. «Les gens s'en servent. Ça devient un parc, ça devient une zone verte qui crée un milieu agréable pour les gens du secteur. Tout le monde est gagnant.»
L'acquisition des terrains de la ferme expérimentale permettrait de «compléter» la ceinture verte. Peut-on conclure qu'ils deviendraient aussi un parc accessible au public?
Tout cela est hypothétique, souligne le porte-parole, puisque pour l'instant, il n'y a aucune discussion ni démarche précise en cours entre la pétrolière et Agriculture Canada, qui est propriétaire des 40 hectares de terrain. «On commence à montrer de l'intérêt dans le dossier.»
Pas de changement de zonage
Le maire Gilles Lehouillier a pour sa part annoncé clairement ses couleurs récemment alors qu'il a affirmé que la Ville n'autoriserait pas de changement de zonage dans ce secteur. Le conseil municipal voudrait conserver la vocation récréo-écologique du lieu pour en faire un parc intégré au réseau cyclable.
Par ailleurs, Le Soleil a appris de sources bien au fait du dossier que la ferme Chapais figurait sur la liste des sites potentiels pour ériger le futur hôtel de ville de Lévis. La Ville a en effet réalisé il y a quelques années un inventaire de localisations possibles pour un nouveau centre administratif qui regrouperait tous les services municipaux qui sont actuellement disséminés sur le territoire. L'an dernier, quand Ottawa a officialisé son intention de se départir des terrains, le projet était toujours dans les cartons.
L'ex-mairesse Danielle Roy Marinelli a longtemps caressé le projet de construire un nouvel hôtel de ville dans le secteur de Saint-Romuald, qui se trouve au centre géographique de Lévis. En 2012, elle avait cependant mis le projet en veilleuse pour se concentrer sur d'autres travaux prioritaires.
Nous avons tenté jeudi de connaître la position actuelle de l'administration lévisienne sur l'emplacement du futur hôtel de ville, mais le service des communications n'a pas donné suite à notre demande.
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Payer le juste prix
Si elle veut mettre la main sur les terrains de la ferme Chapais, la Ville de Lévis ne doit pas espérer les obtenir pour une valeur nominale : elle devra payer le juste prix. Sur cette question, le directeur des biens immobiliers et de l'exploitation des locaux à Agriculture et agroalimentaire Canada, Michel Falardeau, est ferme. Dans un entretien avec Le Soleil, il explique que le gouvernement fédéral ne cède jamais ses terrains à moindre coût. «Même aux autres ministères, on les vend toujours à leur juste valeur marchande», a spécifié M. Falardeau, qui s'explique mal comment la Ville peut s'attendre à ce qu'un terrain de 40 hectares lui soit octroyé gratuitement. À au moins deux reprises depuis janvier 2013, la Ville a manifesté son intérêt à acquérir le domaine «gratuitement» ou «pour une valeur nominale». Agriculture Canada fait valoir qu'elle a besoin des sommes dégagées par la vente. «On s'attend à récupérer une partie des profits de la vente pour relocaliser nos activités de la ferme expérimentale», dit M. Falardeau. Selon le plus récent rôle d'évaluation, les trois lots qui forment la propriété sont évalués à 4,5 millions $ et les bâtiments à 514 000 $.
Des terrains contaminés?
Une portion des terrains de la ferme Chapais a déjà subi un déversement de mazout en 2008. En plein hiver, une conduite de la raffinerie de Valero qui longe le domaine s'était fissurée provoquant la fuite de 200 000 litres de résidu de pétrole. La matière s'était frayé un chemin jusqu'à la rivière à la Scie. Le porte-parole de Valero, Michel Martin, assure que l'entreprise a récupéré la totalité du produit polluant et qu'elle avait complété le nettoyage au printemps suivant. Les responsables d'Agriculture Canada ne sont cependant pas du même avis. «Dans les tests, il y a encore des traces. [...] Avant le déversement, c'était en parfaite condition. Pourquoi on accepterait quelque chose de sous-standard?» fait valoir le directeur des biens immobiliers Michel Falardeau.