Serge Demers, gestionnaire principal de projets pour Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, ne parle plus d'un simple projet-pilote, mais d'un projet «exemplaire».

La déconstruction verte de la Gare maritime Champlain

Le gouvernement fédéral veut faire de la déconstruction de la Gare maritime Champlain, dans le port de Québec, un modèle environnemental pour le reste du pays. Depuis le début de l'imposant chantier, en mars, 85 % des matériaux sont recyclés plutôt que jetés.                
«C'est le premier projet de cette envergure» au Canada, lance Serge Demers, gestionnaire principal de projets pour Travaux publics et Services gouvernementaux Canada (TPSGC), lors d'une visite du chantier.
Sur place, cinq excavatrices géantes, qui valent un demi-million de dollars chacune, s'agitent dans un ballet incessant et hautement planifié. Trois défont méticuleusement le bâtiment par sections, pendant qu'une autre ramasse les gros débris et que la dernière broie le béton. De plus petits véhicules s'activent pour trier le matériel et nettoyer les lieux au fur et à mesure. Au total, une trentaine d'ouvriers spécialisés, presque tous de Québec, travaillent sur place.
Même s'il pleuvait lors de notre passage, un gigantesque canon à eau, fonctionnant sur le même principe qu'un canon à neige, arrosait sans cesse la zone des travaux. C'est pour éviter que la poussière gêne le voisinage, explique Tony Umbertini, le surintendant du chantier.
On ne déconstruit pas comme on démolit. Pour récupérer un maximum de matériaux, il faut éviter de les mélanger. Dès lors qu'une fenêtre est arrachée, le cadre va dans le conteneur dédié à l'aluminium. Quand c'est un mur porteur qui tombe, les tiges de métal qui armaient le béton sont réservées. Les poutres en acier qui soutiennent la structure, les tuyaux formant le réseau de gicleurs, même les vieilles canalisations en fonte sont mis de côté pour leur seconde vie. Seuls les résidus de béton restent sur place pour servir de remplissage à la toute fin.
Récupération
La même minutie avait été appliquée dès le début. Une fois le mobilier sorti, les tuiles de plafond, les tapis, les stores, les cadres de porte et la petite quincaillerie ont été enlevés. L'huile de chauffage restée dans les réservoirs a servi de carburant pour les génératrices de l'entrepreneur.
Tous les matériaux récupérables sont expédiés aux centres de tri d'AIM à Lévis et à Saint-Augustin-de-Desmaures. L'entreprise spécialisée dans le recyclage de métaux a remporté l'appel d'offres public pour ce contrat avec sa partenaire DELSAN, qui gère la démolition. Le fédéral paie 5,2 millions $ pour leur expertise.
Selon les premières estimations, seulement 15 % des débris ne peuvent être recyclés. Et là-dessus, il y a de 10 à 12 % de résidus d'amiante. Car il a fallu décontaminer la bâtisse avant de la jeter par terre. D'ailleurs, une équipe s'y affaire toujours dans un secteur sécurisé à l'arrière du bâtiment. À la Gare maritime Champlain, l'amiante n'était pas utilisé comme isolant principal, mais mélangé au plâtre des murs. Il y en avait aussi dans quelques conduits de chauffage dans la salle de mécanique.
Une déconstruction demande beaucoup plus de préparation et de temps qu'une démolition. À elle seule, la planification du chantier a pris six mois. Il a fallu retourner aux plans d'origine, recenser tous les ajouts, évaluer les quantités et la nature de ce qu'il y avait à l'intérieur. Au lieu de mettre quelques jours à démolir le bâtiment et quelques semaines à le ramasser, les travaux s'échelonnent sur huit mois. «On est toutefois beaucoup plus respectueux de l'environnement», fait remarquer M. Demers.
Chose certaine, l'immeuble construit en 1956 ne serait pas tombé par lui-même, un demi-siècle plus tard. Les piles de béton, les poutres d'acier, le nombre de barres de métal dissimulées dans le béton armé, tout est démesuré. «On voit que c'était très sécuritaire, construit très solide. Aujourd'hui, on calcule plus léger», dit M. Demers, qui est architecte.
Plus de la moitié du bâtiment de 17 000 mètres carrés est tombé depuis le début des travaux de déconstruction au printemps. Ceux-ci doivent se poursuivre jusqu'à la fin de l'été. Puis il faudra retaper le terrain, car le bail échu avec l'Administration portuaire de Québec exigeait du Ministère qu'il remette les lieux dans l'état où ils ont été pris.
À la fois l'échéancier et le budget sont respectés, assure la porte-parole de TPSGC, Sonia Tengelsen. Serge Demers, lui, ne parle plus d'un simple projet-pilote, mais d'un projet «exemplaire».