La consigne passera de 5 à 10 cents

Après près de trois décennies de débat, la consigne doublera au Québec, de 5 ¢ à 10 ¢ pour les canettes et les bouteilles de boissons gazeuses. Les groupes écologistes crient victoire devant ce rattrapage, alors que les détaillants s'inquiètent des «conséquences désastreuses» de cette hausse.
Le montant de 5 ¢ de consigne affiché sur certains contenants d'aluminium date de 1984. Tous les défenseurs du recyclage - et plusieurs gouvernements - ont tenté sans succès depuis de le revoir à la hausse.
Mais le ministre de l'Environnement Pierre Arcand a annoncé dimanche matin qu'il allait doubler la consigne québécoise d'ici la fin de l'année. Et il songe même à l'élargir à d'autres contenants oubliés. Tout cela alors que beaucoup s'inquiétaient depuis quelques années de voir la consigne québécoise mourir.
«En actualisant le système de consigne, nous allons améliorer le taux de récupération des contenants consignés au Québec», a soutenu Pierre Arcand dimanche. Ce dernier dit s'être inspiré d'États progressistes comme la Suède, l'Australie ou la Californie pour mettre au goût du jour le système de consigne.
Plusieurs groupes environnementaux ont salué le geste du ministre, y voyant enfin une première percée dans le domaine de la consigne. «On est complètement derrière cette mesure», a souligné le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle. «On ne peut laisser tomber tout ce potentiel de récupération. Sinon, on perd la matière première, et en plus, on se trouve avec des déchets dont on ne sait pas quoi faire.»
L'ajustement de la consigne est toutefois un sujet litigieux au Québec depuis des décennies. Les marchands et détaillants s'opposent depuis des années à ce système, et ont même milité pour son abolition.
Concurrence au bac bleu
Leur argument : la consigne est un système parallèle inutile et coûteux pour les entreprises et qui concurrence de façon absurde la collecte sélective (bac bleu).
L'association Éco Entreprises regroupant la majorité des détaillants a d'ailleurs vertement critiqué les intentions du ministre de l'Environnement. Bonifier la consigne laisse entendre que «la collecte sélective ne fonctionne pas», a soutenu dans un communiqué le président du conseil d'administration d'Éco Entreprises, Denis Brisebois.
Le lobby anticonsigne dénonce aussi tout élargissement éventuel de ce système à des contenants négligés par la loi actuelle, telles les bouteilles d'eau ou de jus de fruits. «En retirant des matières du bac de récupération, les conséquences seront désastreuses pour le système de collecte sélective», prédit Denis Brisebois.
Pour André Bélisle, il n'y a «aucun problème» à voir deux systèmes cohabiter. Il reconnaît toutefois les réticences du lobby anticonsigne. «Les pressions sont fortes de la part des grandes multinationales pour empêcher toute nouvelle consigne, alors il faut y aller une étape à la fois», résume le président de l'AQLPA.
Vers un élargissement
Pour la première fois, le ministre de l'Environnement évoque clairement un élargissement de la consigne au Québec. Le système actuel octroie 5 ¢ (bientôt 10) aux boissons gazeuses et sucrées, mais rien pour l'eau et les jus de fruits. Même si les contenants sont identiques.
Or, l'élargissement de la consigne à des contenants similaires sera évalué afin d'assurer «une plus grande propreté et une meilleure performance environnementale», a confirmé dimanche le ministre Pierre Arcand.
À noter que la consigne sur les contenants à remplissage multiple (bouteilles de bière conventionnelles) demeurera la même au Québec.