La consigne, non merci?

Le Québec sait-il quelque chose que le reste de l'Amérique du Nord ignore? Alors que le nombre de provinces et d'États qui élargissent la consigne croît sans cesse, le Québec propose de l'abolir. Pendant ce temps, la vente de contenants à usage unique explose. Les bouteilles encombrent les dépotoirs et polluent la nature.
Selon Recyc-Québec, les ventes d'eau embouteillées ont explosé de 63 % par année entre 2002 et 2005 et frôlent le milliard annuellement. La courbe des jus est moins spectaculaire, mais elle s'apparente à celle de l'eau pour atteindre 750 millions d'unités par année. Le problème, c'est que le taux de récupération est d'environ 50 %, toutes matières confondues, pour les contenants consommés à domicile. De plus, il n'y a pas de données disponibles sur tout ce qui se boit dans les endroits publics, mais, de toute évidence, le taux de récupération n'est pas très élevé.Autrement dit, même si les taux de récupération augmentent, ce n'est pas suffisant pour contrebalancer la hausse du nombre de contenants. Au net, il y en a donc plus qui se retrouvent hors du système de récupération. Qui plus est, les taux de récupération ne tiennent pas compte des rejets au centre de tri (une faible proportion, mais elle existe).
Ces taux de récupération sont encore loin de ceux de la consigne (98 % pour les bouteilles de bière brunes, qui sont réutilisées de 16 à 18 fois). D'ailleurs, la commission d'élus recommande l'abolition de la consigne à condition que les taux de récupération à domicile et HORS du domicile soit semblable à ceux de la consigne (taux global : 68 %).
Il reste deux ans à la Table pour la récupération hors foyer, qui regroupe tous les joueurs de l'industrie des boissons et de la récupération, pour faire ses preuves. Notamment par l'implantation de mesures dans les commerces (bars, restaurants, etc.) et lieux publics, par l'entremise de mobilier qui favorise le recyclage. La consigne serait pourtant un incitatif puissant.
D'autant plus qu'elle a l'avantage de diminuer le taux de rejet et d'éviter la contamination des autres matières. C'est pour cette raison que l'Union des municipalités du Québec revient à la charge avec sa demande de sortir le verre du bac bleu, notamment les bouteilles de vin et de spiritueux.
Ailleurs, la volonté est d'ailleurs plutôt à l'élargissement de la consigne, comme en Ontario depuis 2007, et au Connecticut, il y a deux semaines. Ce dernier exemple est particulièrement intéressant, dans la mesure où l'industrie de l'eau et des jus embouteillés a grassement payé des lobbyistes pendant des années pour combattre cet élargissement.
L'industrie craint évidemment une baisse des ventes et évoque les coûts de manutention. Pourtant, le système de consigne se finance tout seul (avec les contenants qui ne sont pas retournés). Et l'abolir «entraînerait une baisse de la récupération de toutes les matières», peut-on lire dans le mémoire de la firme CM Consulting, déposé lors de la commission.
Alors, la consigne, non merci? La conclusion logique est que la consigne et la collecte sélective doivent être complémentaires afin de détourner le plus de ressources possibles de l'enfouissement. Oui, la ceinture et les bretelles : il n'y a que le résultat qui compte. Et pour ça, on doit améliorer leur efficacité.
Hausse nécessaire
Du côté de la consigne, il est évident qu'il faut commencer par hausser la consigne à 10 ¢, ce qui n'a pas été fait depuis 1984. C'est un minimum. Une telle hausse fait augmenter le taux de récupération de 7 % à 15 % et pourrait contrer la facilité avec laquelle on se débarrasse des contenants à remplissage unique. Une partie de cette augmentation pourrait d'ailleurs servir de financement à des campagnes de sensibilisation.
En ce qui concerne la collecte, elle doit aussi faire l'objet d'efforts pour améliorer ses résultats. Je persiste à croire, à la lumière des études sur la question, que sensibilisation et éducation ont leurs limites. Les modèles plus contraignants de collecte sélective ont fait leurs preuves, ailleurs en Amérique du Nord et en Europe. Mais c'est l'équivalent d'un suicide politique dans une province où les citoyens ont l'impression que l'État est partout.
Au bout du compte, le débat sur la consigne et la collecte doit tenir compte d'un facteur important, la nature humaine. Avec ce qu'elle recèle d'imprévisible et d'irrationnel.
La Commission québécoise sur la gestion des matières résiduelles : http://www.assnat.qc.ca/FRA/38legislature1/commissions/Cte/depot-matieresresiduelles.html