Les canettes d'aluminium à 5 ¢ échappent de plus en plus à la consigne, en baisse de 10 %, alors que les ventes ont augmenté de 11 %. D'autant plus que plusieurs citoyens ne prennent plus la peine de rapporter les contenants à remplissage unique au dépanneur, préférant les déposer directement dans le bac bleu.

La consigne dégringole

Alors que la vente de contenants consignés augmente sans cesse au Québec, le taux de récupération diminue constamment depuis cinq ans. Il a atteint un creux historique de 68 % en 2008, alors que l'objectif visé par RECYC-QUÉBEC est de 80 %. Étonnamment, RECYC-QUÉBEC n'est pas en mesure de donner d'explications sur cette baisse.
De 76 % en 2004, le taux est passé graduellement à 68 %. Ce sont les canettes d'aluminium à 5 ¢ qui échappent de plus en plus à la consigne, en baisse de 10 % (à 66  %), alors que les ventes ont augmenté de 11 %, pour atteindre le milliard par année. Les bouteilles de plastique à 5 ¢ ne font guère mieux, avec une baisse de 7 % du taux de retour (à 67 %) et des ventes stables de 300 millions d'unités par année.
Les bouteilles (à 10 ¢) et les canettes de bière (à 20 ¢) se maintiennent au même niveau, avec des taux de retour de 80 % en moyenne. Le pire taux est celui des bouteilles de verre à 5 ¢ (42  %), mais il s'en vend très peu (six millions par année).
Pourquoi ces baisses? «Nous n'avons pas de données», ni d'études sur la question, explique Hélène Sauvageau, porte-parole de la société d'État. «On voit quand même certaines tendances. C'est la raison pour laquelle on participe à la campagne publicitaire actuelle (“Moi?”) pour maximiser la récupération des contenants consignés.»
RECYC-QUÉBEC n'en dira pas plus. Pourtant, des causes ont été clairement évoquées par la commission parlementaire sur les matières résiduelles dans son rapport de juin dernier : le faible prix de la consigne, qui n'a pas augmenté depuis 20 ans, les contenants qui se retrouvent dans le bac de récupération et la croissance de la consommation à l'extérieur du domicile.
«La hausse du prix de la consigne stimulerait l'intérêt des consommateurs et multiplierait le nombre de contenants
récupérés. Ce rehaussement contribuerait aussi à accroître les revenus de tous les partenaires de façon importante, pour un meilleur financement du système», écrivent les élus de la Commission de transports et de l'environnement à propos des faibles prix de la consigne.
D'autant plus que plusieurs citoyens ne prennent plus la peine de rapporter les contenants à remplissage unique au dépanneur, préférant les déposer directement dans le bac bleu. Vrai que quantité de contenants de jus et d'eau, en aluminium ou en plastique, ne sont pas consignés, contrairement à ceux de bière et de boisson gazeuse.
Mais plus encore, la consommation de produits hors foyer (bars, restaurants, hôtels et aires publiques) rend difficile la récupération. Le pire étant les boissons énergisantes (Red Bull, Guru et autres), consignées depuis février 2006. Une fraction des quelque 40 millions de canettes à 5 ¢ sont retournées au dépanneur ou à l'épicerie, nous apprenait en 2007 un communiqué de... RECYC-QUÉBEC!
Les élus de la Commission se sont prononcés pour une abolition de la consigne en faveur de la collecte sélective en raison de la confusion entre les deux systèmes de récupération et parce que la récupération par le bac est entrée dans les moeurs.
L'Union des municipalités du Québec (UMQ) préconise au contraire un élargissement de la consigne aux bouteilles de vin et de spiritueux, notamment parce que le verre est une source de contamination dans la collecte sélective. L'UMQ est à élaborer ses positions sur la question.
Rappelons que 8 des 10 provinces canadiennes ont un système de consigne pour toutes les boissons alcoolisées. L'État de New York vient tout juste d'adopter une extension de la consigne à 5 ¢ à tous les contenants (jus, eau, etc.).
La consigne en chiffres
80 %: objectif visé pour la récupération
68 %: taux global de récupération en 2008
10 %: baisse du retour de canettes à 5 ¢ depuis 2004
11 %: augmentation de la vente de canettes à 5 ¢ depuis 2004