La Chaudière déborde en Beauce

La pluie abondante tombée dimanche a grandement contribué à la hausse du niveau de la rivière Chaudière qui a causé lundi des inondations à Sainte-Marie, Scott, Saint-Joseph et Beauceville.
C'est à Sainte-Marie que la rivière semblait la plus menaçante pour les habitations situées au centre-ville de la municipalité de 14 000 habitants. À 9h, l'eau occupait déjà les rues Larochelle et Duchesnay, puis d'autres ont suivi en journée. «On va connaître un pic plus tard, prévoyait déjà en matinée, France-Sylvie Loiselle du département de la sécurité civile au ministère de la Sécurité publique. Au moins, il n'y a pas de présence de glace, donc aucun danger d'un embâcle», a-t-elle poursuivi.
L'élévation de la rivière atteignait quelque 146,13 mètres en après-midi. C'est un peu plus que le seuil d'inondation minimal fixé à 145,30 mètres d'élévation. Le niveau avait connu une hausse de plus de 10 centimètres depuis la nuit précédente. Le niveau de la rivière à sa surface est calculé à partir du niveau de la mer.
«Ça a monté rapidement, raconte le maire de l'endroit, Gaétan Vachon. Nous avons fait le tour des rues touchées avec les pompiers pour aviser les citoyens, mais il n'y a pas eu d'évacuation. Seul un citoyen s'est présenté sur une base volontaire.»
M. Vachon avait bon espoir que la situation revienne presque à la normale d'ici les 24 prochaines heures avec l'arrêt des précipitations et le refroidissement prévu. En effet, une température avoisinant le 0 Cº diminue l'apport en eau provoqué par la fonte de la neige. Le niveau d'eau avait déjà commencé à diminuer sur l'heure du midi en amont au barrage Sartigan à Saint-Georges.
L'actuel niveau d'eau correspond à une crue d'occurrence deux ans. En 2014, Sainte-Marie avait connu ses pires inondations en 20 ans. Plus de 300 personnes avaient été évacuées. Isolés par l'eau, plusieurs résidents avaient été secourus à l'aide de béliers mécaniques, de chaloupes ou de camions de pompiers.
«Ça semble vouloir se stabiliser, lance le maire, confiant. Cependant, nous resterons en mode préalerte encore quelques jours puisque d'autres précipitations sont attendues mercredi», conclut-il.
Scott-Jonction, Vallée-Jonction, Saint-Joseph et Beauceville ont aussi connu, lundi, des inondations qui ont nécessité la fermeture de rue, mais aucune évacuation.
La rivière Beaurivage, qui a donné des sueurs froides aux autorités de la Ville de Lévis la semaine dernière à la hauteur de Saint-Henri-de-Lauzon, était encore sous surveillance, lundi.
La pire situation depuis 2008
La pluie tombée dimanche a fait hausser les niveaux d'eau de nombreuses rivières au Québec, poussant les autorités locales à garder les cours d'eau à l'oeil.
Le directeur régional de la sécurité civile et des incendies pour les régions de Laval, de Montréal, de Lanaudière et des Laurentides, Gilles Desgagnés, a affirmé lundi que les niveaux d'eau étaient plus élevés que par les années passées, disant croire qu'il fallait remonter à 2008 pour une situation d'une telle ampleur.
Des problèmes importants ont lieu dans plusieurs secteurs des Laurentides et de Lanaudière. Dans plusieurs cas, il s'agit de maisons qui sont inondées «assez régulièrement au printemps», a indiqué le directeur régional.
M. Desgagnés disait s'attendre à ce que le niveau de l'eau se stabilise ou baisse à partir du début de la soirée, lundi, soulignant qu'il n'y avait pas de nouvelles précipitations attendues avant mercredi.
À Val-David, la rivière du Nord est sortie de son lit et 30 maisons ont été inondées, en plus de 28 autres résidences principales ayant été «isolées» - c'est-à-dire que l'accès était rendu difficile. Certains résidants étaient invités à quitter leur résidence, mais plusieurs ont décidé de rester. Les services contre les incendies surveillaient la situation de près.
Une trentaine de résidences ont été inondées à Sainte-Agathe-des-Monts et Saint-Calixte, tandis qu'il y en avait une vingtaine à Val-Morin et Saint-André d'Argenteuil. À Mirabel, 12 résidences principales étaient inondées, et cinq rues touchées. Les municipalités de Prévost et de Mont-Tremblant ont aussi été touchées.
Pierre Corbin, directeur des opérations chez Hydro Météo, a expliqué que les grands axes hydriques comme la rivière des Outaouais, la rivière Richelieu et le fleuve Saint-Laurent, présentent des niveaux d'eau très élevés, et que les pluies des derniers jours ont causé des hausses sur d'autres cours d'eau qui alimentent ces grands axes.
«Aujourd'hui (lundi), tôt ce matin jusqu'en mi-journée, ce sont des petits cours d'eau qui ont réagi à la pluie des dernières heures», a-t-il souligné.
Selon M. Corbin, les pluies des dernières semaines sont arrivées au bien mauvais moment puisqu'elles s'ajoutent aux crues printanières.
«En ce moment, il y a seulement la région de la Montérégie qui semble être épargnée, et une partie de l'Estrie. Mais tant et aussi longtemps que les terres vont rester saturées et qu'il va y avoir de la pluie pour alimenter cette saturation-là, la situation des niveaux d'eau élevés va perdurer encore pendant plusieurs jours», a-t-il prévenu, ajoutant que les pluies attendues plus tard cette semaine seront à surveiller.
Le service Hydro Météo a précisé, lundi, que plusieurs cours d'eau avaient atteint leur seuil d'inondation mineure au cours de l'après-midi et de la soirée de dimanche, notamment les rivières Petite Nation et du Nord, en Outaouais, les rivières Noire, Ouareau et L'Assomption dans Lanaudière, ainsi que la rivière Maskinongé, en Mauricie, et la rivière Bécancour au Centre-du-Québec.
Le niveau de la rivière Richelieu continuait de monter lundi, mais Hydro Météo s'attendait à une stabilisation au cours des prochains jours. 
Route affaissée à Rawdon
Les inondations ont provoqué la fermeture de la route 341 entre la rue Queen et la route 125, à Rawdon, au cours de la nuit de dimanche à lundi. Une voie a été rouverte lundi en fin d'avant-midi et la circulation se faisait en alternance.
«Une partie de la 341 s'est affaissée, à la suite de la pluie abondante qu'il y a eu (dimanche)», a expliqué le maire de Rawdon, Bruno Guilbault, joint au téléphone par La Presse canadienne.
Aucun accident n'a été attribué à cet incident, et les travaux publics ont rapidement pris le dossier en main, a indiqué le maire. Quelques évacuations - environ cinq ou six maisons - ont dû être faites par mesure préventive, mais les personnes touchées ont rapidement pu regagner leur résidence.
M. Guilbault admet que si sa ville connaît régulièrement de petites inondations printanières, elle n'en avait pas vu d'une telle ampleur depuis de nombreuses années.
«Je pense que c'est la première (fois) depuis plusieurs années que le lac Pontbriand est complètement dégelé, alors que normalement, à cette période-là, il ne l'est pas du tout. Ça peut aller encore jusqu'à deux à trois semaines, normalement», a-t-il expliqué, ajoutant que des travailleurs s'étaient rendus au barrage du réservoir Pontbriand afin de délester le surplus d'eau. Selon lui, cette opération combinée aux fortes pluies de la fin de semaine a contribué aux inondations.
Le maire de Rawdon disait avoir bon espoir de voir la situation «se replacer d'ici une journée ou deux», compte tenu que le niveau de l'eau semble descendre rapidement.
«Mais ça dépend toujours de la température et je ne regarde pas la météo!», a-t-il lancé en riant.  La Presse canadienne