Aidée par Martin Gagnon, Annick Dubuc garde le sourire malgré les eaux qui ont envahi les rues, à Deux-Montagnes, mercredi.

Inondations: la pluie ralentira le retour à la normale

Dame Nature refuse obstinément de collaborer pour offrir un peu de répit aux inondés du Québec.
Les Forces armées canadiennes étaient à pied d'oeuvre à Saint-André-d'Argenteuil, dans les Laurentides, mardi.
Les précipitations prévues le week-end prochain, qui pourraient atteindre de 20 à 40 millimètres de pluie, aggraveront la situation en Mauricie et le long du fleuve Saint-Laurent à la hauteur du lac Saint-Pierre en raison d'une combinaison de facteurs qui n'aident aucunement la situation, bien au contraire, a expliqué le ministre de l'Environnement, David Heurtel, mercredi matin à Montréal lors du point de presse quotidien visant à dresser un état des lieux.
«Dans le nord du Québec, on a eu l'équivalent d'un hiver et demi donc, jusqu'à 50 % de plus de neige que d'habitude», a rappelé M. Heurtel.
«Cette neige crée un apport important d'eau, jumelé aux marées, aux débits et là des précipitations importantes. Il faut s'attendre à une autre fin de semaine difficile du côté de la Mauricie.»
Les niveaux d'eau dans ces secteurs sont toujours en hausse et continueront de l'être jusqu'au week-end, de sorte que la hausse ne pourra qu'être accélérée avec le nouvel apport d'eau des précipitations.
Lente baisse dans le sud
Dans le sud et l'ouest de la province, particulièrement dans le bassin versant de la rivière des Outaouais, les niveaux sont en baisse, jusqu'à 10 centimètres au lac des Deux-Montagnes, mais la diminution sera ralentie par la pluie prévue samedi et dimanche.
«Même si dans certaines régions - plus rapidement que dans d'autres - le niveau a commencé à baisser, on est quand même devant une situation où ça va perdurer un certain temps et le retour à la maison ne sera pas nécessairement demain», a pour sa part averti le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.
Notant que «les citoyens directement touchés sont lourdement éprouvés», le ministre Coiteux a vivement encouragé ceux-ci à utiliser les services psychosociaux qui ont été déployés dans toutes les municipalités pour leur venir en aide: «N'hésitez pas à faire appel à leur aide. Ils sont là pour ça.»
Sur le territoire de Montréal, le directeur du Service de sécurité des incendies, Bruno Lachance, a expliqué que des digues ont été construites et renforcées sans relâche au cours des dernières heures dans les secteurs inondés, soit Pierrefonds-Roxboro, Ahuntsic-Cartierville, L'Île-Bizard et l'Île Mercier.
«On est vraiment en train de reprendre le dessus. On repompe l'eau de l'autre côté des digues quand on le peut. On abaisse le niveau d'eau tranquillement sur le long des bâtiments», a-t-il raconté, précisant que le niveau avait diminué entre 5 et 7 centimètres par rapport à la pointe atteinte dimanche.
Barrage et rétention
Le ministre David Heurtel a par ailleurs expliqué qu'un autre facteur ralentira la baisse des niveaux, soit une ouverture contrôlée du barrage de Cornwall décidé par la Commission mixte internationale, qui gère les niveaux du lac Ontario et du fleuve Saint-Laurent.
Cette ouverture est rendue nécessaire pour régulariser les niveaux des deux côtés du barrage, mais le ministre Heurtel a tenu à préciser que la Commission avait fait une gestion exemplaire jusqu'ici.
«Le travail qui a été fait jusqu'à maintenant par ce barrage nous a permis d'éviter au cours des derniers jours en pointe de crue des débits de 4500 mètres cubes par seconde, a précisé M. Heurtel. Si on n'avait pas eu cela, on parlerait présentement d'une situation où on aurait plusieurs dizaines de centimètres de plus de niveaux d'eau avec lesquels nous serions aux prises.»
Le bilan mis à jour mercredi soir par les autorités fait désormais état de 173 municipalités touchées, 4141 maisons inondées, 3033 personnes évacuées et 554 routes touchées, en plus de 126 glissements de terrain qui, heureusement, n'ont pas fait de victime.
Une personne était toujours recherchée au Québec, mercredi, alors qu'en Colombie-Britannique, deux autres manquaient à l'appel, a de son côté indiqué le ministre fédéral du Commerce international, François-Philippe Champagne. Celui-ci se rendra jeudi dans sa circonscription, Saint-Maurice-Champlain, laquelle est touchée par les inondations.
Mercredi soir, 1100 foyers québécois étaient privés d'électricité, a-t-il par ailleurs relevé.
Du côté des routes, le ministère des Transports a été en mesure de rouvrir l'autoroute 50 à Gatineau dans les deux directions en mi-journée. D'une part, l'eau s'était retirée de la travée est, alors que la travée ouest a été temporairement rehaussée pour élever la chaussée au-dessus des terres inondées.
Surveillance étroite vers l'est: pont menacé
Le déplacement des systèmes vers l'est n'est par ailleurs pas terminé et la situation est surveillée de très près, notamment dans les régions du Saguenay-Lac-Saint-Jean, du Bas-du-Fleuve et de la Gaspésie, où la couverture de neige est toujours présente et ajoute au ruissellement, en plus des hautes marées qui élèvent naturellement le niveau du fleuve.
Le niveau du lac Saint-Jean lui-même est contrôlé par le barrage de Rio Tinto Alcan, ce qui permet d'éviter le pire, mais les affluents du lac et de la rivière Saguenay n'échappent pas aux mêmes phénomènes de fonte et de précipitations que les autres régions. Plusieurs résidences et routes sont touchées par les inondations, particulièrement dans les secteurs de Lac-Bouchette et Saint-François-de-Sales en raison de la montée des eaux sur le lac des Commissaires et la rivière Ouiatchouan.
Dans le Bas-Saint-Laurent, plusieurs dizaines de maisons sont affectées par les crues de différents affluents du fleuve. Les municipalités de Matane, Amqui, Dégelis, Causapscal et Témiscouata-sur-le-Lac sont les plus affectées.
En Gaspésie, la situation demeure relativement stable pour le moment, mais les niveaux des rivières sont anormalement élevés alors que la fonte des neiges est loin d'être terminée, particulièrement dans les montagnes. Cependant, la violence du débit de la rivière Cascapédia est à ce point exceptionnelle que le pont de la route 132 qui l'enjambe à New Richmond a été fermé à la circulation.
Le pont, composé de travées assises sur des piles, est menacé par un phénomène d'affouillement qui a rendu une de ces piles instable.
«Le ministère des Transports n'exclut pas la possibilité d'un effondrement de la pile», a affirmé son porte-parole, Guillaume Paradis, qui a ainsi expliqué le phénomène d'affouillement: «Par exemple, si vous allez sur une plage, vous mettez vos pieds dans le sable et il y a une vague: lorsque l'eau se retire, votre pied va s'enfoncer parce que le sable autour de votre pied est tiré par l'eau. C'est de l'affouillement.»
Le ministère estime que l'effondrement de la pile, qui entraînerait deux travées avec elle, n'est pas une menace comme telle pour la population, mais il lui est impossible d'évaluer la situation pour l'instant.
«Il faut mener des inspections sous-marines, mais avec la présence de débris, des débits qui sont très élevés et le niveau de l'eau qui est très haut, il n'est pas possible d'envoyer des plongeurs en toute sécurité», a précisé M. Paradis.
La fermeture du pont impose aux automobilistes un détour d'une dizaine de kilomètres.
Québec a également été obligé de fermer la route 299 qui traverse la péninsule gaspésienne, de Sainte-Anne-des-Monts à New Richmond, pour cause d'inondation, et le porte-parole du ministère a indiqué qu'il y a «plusieurs travaux à effectuer».
Les citoyens de la Côte-Nord sont généralement épargnés par les inondations, mais les crues ont tout de même forcé la fermeture de la route 138 à quelques endroits, surtout en Basse-Côte-Nord.
Le ministère s'affaire à rétablir la situation et, entre-temps, s'assure de ravitailler les citoyens isolés pour les biens essentiels.
Renforts militaires
Sur le terrain, pendant ce temps, les Forces armées ont fait appel à 500 réservistes de l'Ontario pour prendre la relève de l'unité d'intervention rapide de Valcartier qui a été déployée ces derniers jours afin de permettre à celle-ci d'être reconstituée pour être de nouveau prête à intervenir en cas de besoin urgent.
Les effectifs militaires déployés sur le terrain au Québec se chiffraient mercredi matin à 1880 soldats.
«D'ici la fin de la journée, [...] 468 militaires supplémentaires des Forces armées canadiennes seront déployés au Québec pour un total de 2300», a plus tard précisé le ministre Champagne à Ottawa.
De plus, le brigadier-général Hercule Gosselin a réquisitionné le navire de guerre NCSM Montréal, qui devancera ainsi l'escale qui était prévue au Port de Montréal à l'occasion du 375e anniversaire de la métropole à la fois pour s'en servir comme base d'opérations et pour ajouter son personnel à l'effort.
«Le NCSM Montréal va m'apporter une capacité de commandement et contrôle accru, de sorte que la synchronisation avec la Garde côtière canadienne, la Sécurité civile, les municipalités va en être d'autant plus facilitée et les marins vont débarquer du bateau, ils vont venir avec nous travailler, appuyer les efforts sur le terrain.»
Indemnisations
La Sécurité civile a par ailleurs invité les citoyens à faire appel dès maintenant à l'aide financière disponible pour l'hébergement d'urgence, les travaux déjà effectués pour sécuriser les résidences et autres dépenses déjà encourues.
Les autorités ont également fait savoir que les indemnisations maximales prévues pour les résidences qui seront perte totale sont de 159 208$, avec un montant additionnel de 25 000$ pour la démolition.
Les biens meubles seront également admissibles en sus de ces sommes, tout comme les travaux de plomberie, d'électricité et autres qui seront requis pour ceux qui pourront rentrer chez eux lorsque l'eau se sera retirée.
«On pense aux fondations, aux structures, l'isolation, le plombier, l'électricien. Toutes les fois où on réintègre une maison, c'est important d'arriver avec ces dépenses-là qui vont se produire et, surtout, d'amener les factures quand ce sera le temps», a rappelé le directeur du rétablissement à la Sécurité civile, Denis Landry.
M. Landry a souligné que les représentants de la Sécurité civile sont présents à toutes les réunions d'information des municipalités et prennent sur place les demandes d'aide des sinistrés, demandes qui reçoivent une réponse «dans les 24 à 72 heures», a-t-il assuré.
Quant au fonds de secours mis sur pied par la Croix-Rouge, le dernier décompte faisait état d'une somme de 2,4 millions $ amassés, ce qui inclut les 500 000 $ accordés par Québec. Par contre, la somme ne comprend pas le 1 million $ annoncé par Ottawa, parce que le gouvernement fédéral n'a pas encore déterminé la répartition de cet argent.