Pierre «Pete» Dubé en a contre «l'indifférence» du gouvernement du Québec.

Inondations à Matapédia: un hôtelier interpelle les Nations Unies

Un hôtelier de Matapédia, Pierre «Pete» Dubé, a écrit récemment au Haut-commissariat des droits de la personne des Nations Unies, à Genève, en Suisse, afin de dénoncer ce qu'il appelle «un cas de violation des droits de la personne, de la liberté d'expression et de la destruction de l'environnement».
M. Dubé vise avant tout le gouvernement du Québec, en raison de l'aval donné par l'État aux coupes forestières et à «son indifférence face au sort des victimes d'inondations» depuis près de 45 ans dans le secteur de Matapédia. Il lie directement les coupes forestières aux inondations, surtout celles de 1974, de 1994 et celles survenues entre 2008 et 2014.
Il reproche aux autorités de n'avoir effectué aucun correctif à des aménagements remontant dans certains cas à la fin du XIXe siècle, comme la voie ferrée du Canadien National constituant un goulot d'étranglement de la rivière Restigouche, tout juste en aval du village. L'ajout du pont interprovincial en 1973, quelques centaines de mètres plus bas, constitue également un type de barrage pour les glaces, l'embâcle qui s'y forme faisant monter le niveau d'eau à Matapédia.
«Entre 1962 et 2003, une station hydrologique située sur le haut de la rivière Restigouche a enregistré des hausses de débit allant jusqu'à 450 % au printemps, une situation venant de la fonte accélérée de la neige en forêt. Tout ça vient des coupes à blanc. Le soleil tape sur de grandes surfaces, et la machinerie lourde a compacté le sol. L'eau n'est plus absorbée par le sol et elle descend vers les ruisseaux et dans les rivières beaucoup plus rapidement», analyse M. Dubé.
Il a mené plusieurs luttes, incluant la rédaction d'un livre, depuis les grandes inondations de 1994, celles qui ont causé des millions de dollars de dommages à Matapédia. Ce sinistre a incité la Garde côtière canadienne à y dépêcher un aéroglisseur à partir de 1995.
Dommages importants
Son établissement, le Motel Restigouche, a subi des dommages de 750 000 $ en 1994, même si l'hébergement est bâti sur pilotis.
«La Sécurité civile m'avait offert 75 000 $, seulement 10 % de mes dommages. Je leur ai dit que j'allais les poursuivre. Ils ont envoyé un représentant pour me dire qu'il y aurait d'autre argent par la suite. Je lui ai demandé de me l'écrire. Il m'a répondu : "On n'est pas les Hell's Angels. Faites-nous confiance." J'ai encaissé le chèque. Ça a été final. Ils ne m'ont jamais rien envoyé de plus [...] Ils se sont servis de l'emblème de la justice au Québec pour me tromper», dénonce M. Dubé.
L'an passé, l'arrivée tardive de l'aéroglisseur, un retard qui est devenu fréquent depuis 2008, a effacé ses derniers espoirs de trouver une oreille attentive au Québec. Son hôtel devait être plein lors de la fin de semaine de Pâques; il a été évacué le Jeudi saint en raison de la crue.
M. Dubé pose notamment la question suivante aux Nations Unies : «Comment s'assurer que ces autorités et leurs représentants soient reconnus imputables des décisions prises dans le passé, le présent ou l'avenir, surtout si des conséquences dramatiques sont subies par les personnes et les entreprises qui en sont les victimes directes?» Il espère maintenant une réponse.