Nicole Blouin évalue qu'il est temps de militer plus fermement pour arrêter la ville de polluer par l'incinération de ses déchets.

Incinérateur: «c'est ma ville qui me pollue»

Membre citoyenne du comité de vigilance créé par la Ville de Québec pour surveiller l'incinérateur à déchets municipal, Nicole Blouin ne croit plus à la volonté des élus de réduire la pollution crachée par les cheminées. Elle démissionne.
La septuagénaire représentait les habitants du Conseil de quartier Vieux-Limoilou depuis le début 2016. C'était un retour puisqu'elle a également siégé au comité de 2006 à 2012.
Elle n'a pas apprécié ce qu'elle a entendu en revenant au comité : «Je me suis rendu compte qu'il y a encore des problèmes de pollution.» Des relevés font état de taux trop élevés de furannes, dioxines et de mercure, déplore-t-elle.
En entrevue avec Le Soleil, elle se dit lasse de constater année après année que les rejets toxiques des grandes cheminées de l'incinérateur dépassent les normes, lasse d'observer le va-et-vient des camions polluants remplis de matières souvent recyclables venus y déverser leur contenu. Elle a donc écrit à la présidente du Comité, la conseillère municipale Suzanne Verreault, pour lui expliquer sa démission.
«Un incinérateur, c'est polluant. Il faut mettre un terme à l'incinération des matières», balance-t-elle au bout du fil. «Je vis près de l'incinérateur. Malgré toutes les interventions que j'ai faites, ça nous pollue. [...] Comme citoyenne, c'est ma ville qui me pollue.»
Souvent, durant notre entretien, elle prend une pause pour nous expliquer qu'elle ne voulait pas crier sur les toits les raisons ayant motivé sa démission. Mme Blouin aime son coin de ville : «J'ai toujours habité le quartier.» Elle ne veut pas faire peur à ses voisins, elle ne veut pas faire fuir les familles, dit-elle.
«Je ne veux pas que le monde pense : "On n'ira pas demeurer à Limoilou, dans le Vieux-Limoilou, parce que c'est pollué".  Ce n'est pas positif dire l'incinérateur nous pollue. Ce n'est pas positif du tout.»
Mais Nicole Blouin évalue qu'il est temps de militer plus fermement. Et pas seulement pour les citoyens de Lairet, du Vieux-Limoilou et de Maizerets. «Cette pollution n'a pas de barrière. Ça va au-delà de notre quartier.»
«Zéro déchet»
Il est surtout grand temps pour la Ville de négocier le virage «zéro déchet», plaide-t-elle. «On est rendu au XXIe siècle.» 
La sensibilisation des citoyens par de grandes campagnes publicitaires reste à faire, selon elle. Il faut réduire la consommation, augmenter le réemploi des biens, améliorer le recyclage et, finalement, mettre en place le compostage municipal.
Des idées? Permettre aux citoyens de récupérer les biens abandonnés dans les écocentres, forcer les fabricants à reprendre les objets devenus désuets, installer des bacs de recyclage de verre devant chaque succursale de la SAQ...
Mais Mme Blouin craint que la Ville ne veuille pas vraiment se débarrasser de son incinérateur. Elle se demande si la mairie favorise l'incinérateur parce qu'il lui permet de vendre de la vapeur chaude, notamment à l'usine Stadaconna.
Selon une vidéo produite par la Ville, quelque 270 000 tonnes d'ordures et 22 000 tonnes de boue provenant de l'épuration des eaux sont brulées à l'incinérateur chaque année. L'incinérateur fonctionne 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Un jour de collecte des ordures, environ 150 chargements y sont déversés.
Piloté par des élus, le Comité de vigilance de l'incinérateur de la Ville de Québec réunit également des environnementalistes et des résidents des quartiers voisins.