Les députés ont procédé au vote vers 4h45 samedi matin : 62 députés ont voté pour son adoption alors que 38 députés ont voté contre. Il n'y a eu aucune abstention.

Hydrocarbures: vers la résistance civile? 

«C'est tout à fait insultant d'imposer un bâillon sur un projet de loi qui va avoir des répercussions sur plusieurs générations.»
Le porte-parole du Front commun pour la transition énergétique, Jacques Tétreault, peinait à contenir sa colère, samedi après-midi, quelques heures après l'adoption forcée nocturne du projet de loi 106. «Personne au gouvernement n'a jamais été capable de nous expliquer pourquoi il y avait urgence.»
Le Front commun, qui regroupe des groupes d'action citoyens, des fondations et des organismes environnementaux, comme Équiterre et Greenpeace, a également été choqué de constater, durant la procédure de bâillon du projet de loi, que la controversée fracturation hydraulique est officiellement considérée comme un procédé «à risque modéré» par le gouvernement. «On a appris ça hier», s'est désolé M. Tétreault, expliquant que les exploitations à risque modéré n'exigent qu'une étude d'impacts environnementaux, alors que les exploitations à risque élevé obligent, selon la loi, la tenue d'audiences publiques en amont. 
«Le ministre Arcand, on a l'impression qu'il est de connivence avec les gens de l'industrie. Ça ajoute à notre amertume et notre cynisme envers le gouvernement. Ça fait juste mettre la table pour de la résistance civile», a annoncé Jacques Tétreault. «On veut juste protéger nos acquis pour les générations futures.» 
«Actions citoyennes non violentes»
Coordonnateur adjoint du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, qui compte plus d'une centaine de comités, M. Tétreault a rappelé que les membres de son organisation ont récemment voté unanimement en faveur de formations en «actions citoyennes non violentes», à compter de janvier. 
«Ce sera non violent, on n'est pas des terroristes. Mais quand une foreuse va arriver quelque part, elle va trouver des citoyens devant elle», a-t-il expliqué, donnant comme exemple d'action non violente le mouvement de protestation des Sioux de Standing Rock, au Dakota. 
«Je vous prédis que les municipalités vont embarquer avec nous. J'ai déjà une secrétaire-trésorière d'une municipalité dont je vais taire le nom qui m'a dit que si des foreuses débarquaient dans sa ville, elles trouveraient un camion de pompier dans leur chemin.»
Le PQ à blâmer, selon la CAQ
Le passage en force du projet de loi 106 par les libéraux est «une triste journée qui brime le droit de parole des députés», mais le Parti québécois (PQ) mérite la moitié du blâme, estime la porte-parole de la Coalition avenir Québec (CAQ) en matière d'énergie, Chantal Soucy.
«On voyait que le ministre s'impatientait de commission en commission», a expliqué la députée de Saint-Hyacinthe, en entrevue au Soleil. «Mais le PQ a volontairement fait perdre un précieux temps» pour améliorer le projet de loi, assure la caquiste. «On doit avoir passé 40 heures juste sur les cinq premiers articles du projet de loi à cause de leurs questions. Ce sont des stipulations générales, on ne s'obstine pas là-dessus.»
Malgré certaines améliorations au projet initial, la loi 106 empirera la bureaucratie et entraînera inévitablement des hausses de tarif d'Hydro-Québec, s'est désolée la députée, elle-même ancienne employée de la société d'État.