Voilà bientôt six semaines que Lévis a dû cesser de puiser l'eau potable dans la rivière Chaudière en raison du déversement d'hydrocarbures en amont, à Lac-Mégantic. La Ville a choisi d'installer des canalisations temporaires pour puiser l'eau de la rivière Beaurivage, dans le secteur de Charny.

Hydrocarbures dans la Chaudière: Lévis se prépare à une contamination

Avec l'arrivée du printemps, les questions entourant la qualité de l'eau de la rivière Chaudière ressurgissent. La Ville de Lévis se dit prête à faire face à un relargage des polluants qui ont dormi tout l'hiver sur les berges et au fond de la rivière. Si cela survient, tous les Lévisiens devront réduire leur consommation d'eau potable.
Le déversement d'hydrocarbures dans le lac Mégantic en juillet 2013 fait encore sentir ses effets, neuf mois plus tard. Malgré le nettoyage de 40 km de rives, les sédiments déposés au fond et sur les berges de la Chaudière contiennent encore des contaminants qui pourraient être balayés par les crues printanières et se retrouver dans la rivière qui alimente 55 000 personnes dans les quartiers ouest de Lévis, soit Saint-Étienne, Sainte-Hélène-de-Breakeyville, Saint-Rédempteur, Saint-Nicolas et Charny.
Mercredi, la Ville a annoncé qu'elle se préparait à toute éventualité. Avec le ministère de l'Environnement et la Sécurité publique, «on est aux aguets». «On est prêts à intervenir à tout moment» même en plein milieu de la nuit, a affirmé le maire de Lévis, Gilles Lehouillier. Dans le cas où des polluants réussissent à se frayer un chemin dans le lit du cours d'eau, les autorités seront immédiatement averties, grâce à un système d'alerte. Celui-ci détectera les matières contaminées en amont, à Saint-Georges ou à Sainte-Marie, ce qui laissera à Lévis environ 17 heures pour réagir et fermer sa prise d'eau brute dans la Chaudière.
Il faudra alors recourir au «plan alternatif d'alimentation en eau potable». La Ville remettra en fonction d'ici Pâques sa prise d'eau brute temporaire dans la rivière Beaurivage. En cas de pépin, elle l'activera. Elle ira aussi chercher de l'eau de ses deux autres usines, celle de Saint-Romuald et celle de Desjardins qui s'alimentent au fleuve, grâce à un réseau d'interconnexions. Le tout pourra être fait en quelques heures.
Cela occasionnera une baisse de pression pour certains quartiers à l'ouest de l'arrondissement Desjardins, avisent les autorités de la Ville.
Dans une période où la demande en eau potable est très forte, les Lévisiens devront donc s'attendre à devoir faire des sacrifices. On vise une réduction de 30 % au sommet de la consommation printanière. Toute la population de Lévis sera appelée à contribuer, a annoncé la Ville. Le remplissage des piscines, le lavage des autos, par exemple, devront peut-être attendre.
«C'est à titre préventif que nous avisons aujourd'hui la population lévisienne», a indiqué le maire Gilles Lehouillier. Car on ne connaît pas exactement les risques de relargage. On ne sait pas non plus combien de temps durera la menace sur la Chaudière, a admis le directeur de l'Environnement de Lévis, Jean-Claude Belles-Isles.
Les citoyens seront avisés par divers moyens de communication.
La mise en place de toutes ces solutions temporaires a coûté 4,6 millions $ à ce jour, une somme qui a été remboursée à 100 % à la Ville par le gouvernement. En parallèle, Lévis travaille à rendre permanente l'interconnexion de ses trois réseaux. Une étude à cet effet sera rendue à l'automne 2014, et on connaîtra le coût à ce moment. On devrait être en mesure de préparer les plans et devis au printemps ou à l'été 2015, a indiqué M. Lehouillier.
La Ville cherchera à profiter de programmes d'infrastructures pour ces importants investissements, mais «avec ou sans l'aide du gouvernement, c'est sûr qu'on passe à l'action», a poursuivi le maire. «On est jamais à l'abri d'un accident. C'est important de sécuriser notre approvisionnement en eau potable», a ajouté M. Belles-Isles.
Plan de gestion du ministère de l'Environnement
Le ministère de l'Environnement rendra public en mai un plan de gestion de la contamination résiduelle de la rivière Chaudière ainsi que des rapports d'analyses et d'autres informations relatives à l'état du cours d'eau.
«Ce plan tracera un portrait de la contamination résiduelle dans la rivière Chaudière tel qu'il était à l'automne 2013. Les firmes mandatées pour réaliser ces échantillonnages ont remis leur rapport final en mars 2014», lit-on dans un communiqué émis mercredi.
Dans les prochains mois, d'autres analyses seront réalisées pour connaître les effets de la crue printanière.