Hésitation au PQ sur Énergie Est

Le chef péquiste Pierre Karl Péladeau et son député Sylvain Gaudreault jouent à nouveau des notes discordantes dans le dossier de l'oléoduc d'Énergie Est.
Au deuxième jour d'un conseil national, le caractère définitif de l'opposition du Parti québécois (PQ) au projet de TransCanada n'a pu être garanti par le chef du parti. «Je réitère que le PQ s'est opposé au projet», a déclaré M. Péladeau. «Maintenant, est-ce qu'il va s'opposer à jamais? Je ne peux pas vous donner la réponse définitive. C'est au parti et aux militants de décider.»
De son côté, le député de Jonquière et porte-parole aux Affaires municipales Sylvain Gaudreault est catégorique. La position du PQ contre le pipeline pour transporter le pétrole des sables bitumineux de l'Ouest est «définitive». «On est contre le projet Énergie Est, a lancé M. Gaudreault. [...] Je ne sais plus dans quelle langue le dire. Il coulerait du Quick aux fraises dedans qu'on serait contre le projet Énergie Est.» Le pipeline lui-même traverse des réserves d'eau potable, des rivières, le fleuve, des terres agricoles et d'autres milieux sensibles, a énuméré M. Gaudreault. L'infrastructure en elle-même est «très dommageable pour l'environnement».
Confronté aux affirmations de son chef, M. Gaudreault a assuré n'y voir aucune contradiction. «Ce que j'ai compris, ce que je vous dis, ce que je vous confirme, c'est que nous sommes contre Énergie Est», a dit M. Gaudreault. «Maintenant, la balle est dans le camp du gouvernement.»
L'été dernier, MM. Péladeau et Gaudreault avaient dû ajuster leurs violons sur le passage de l'oléoduc. Le projet fait «fi de la volonté des citoyens quant à la protection de l'environnement, à l'acceptabilité sociale et aux retombées économiques», a déploré le PQ en juin.
Risques
Le PQ a adopté en novembre dernier à Sherbrooke une résolution demandant à son équipe parlementaire de «tout mettre en oeuvre afin d'empêcher que ne coule sur nos terres et à travers nos cours d'eau, le pétrole provenant des champs de sables bitumineux.»
Les maires de la communauté métropolitaine de Montréal ont suscité beaucoup de grogne dans le reste du Canada en manifestant leur opposition au projet. Trop de risques environnementaux, trop peu de retombées économiques. Le maire Denis Coderre n'a toutefois pas fermé définitivement la porte et a renvoyé la compagnie à ses devoirs.
«Je suis surtout et avant tout pour que Énergie Est soit assujetti aux lois du Québec, a dit M. Péladeau. Je considère que c'est essentiel. [...] On est en train d'utiliser des subterfuges pour que les Québécois ne puissent se prononcer sur une question aussi importante.»
Contrairement à ce qui a été fait pour le projet de port méthanier à Cacouna, TransCanada refuse de se soumettre au processus du Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) pour Énergie Est. Parce qu'il traverse six provinces, il est «sous autorité fédérale», a dit un porte-parole de l'entreprise. Elle n'a donc pas transmis d'étude d'impact au ministère de l'Environnement, qui a malgré tout mandaté le BAPE d'étudier le projet d'oléoduc.
Dans son discours aux délégués, samedi, M. Péladeau a dit craindre que Québec échange une aide canadienne à Bombardier contre un appui au projet Énergie Est. «Non à Énergie Est sans l'appui des Québécois et sans son assujettissement aux lois du Québec, et non au marchandage avec le fédéral», a lancé M. Péladeau.