Par l'entremise de l'UMQ, le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, espère faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il tienne davantage compte de l'opinion des villes quand vient le temps de réaliser des projets controversés comme celui des silos de granules de bois. 

Gaz de schiste: Lévis veut un moratoire et «les pleins pouvoirs»

Il doit revenir à la Ville de Lévis de décider, sur l'ensemble de son territoire, si elle accepte ou non que des compagnies s'y installent pour extraire du sol des gaz de schiste. Parce que l'exploitation de cette ressource pourrait semer «le chaos» et représenter une «menace réelle» pour la population, plaide la municipalité qui demande maintenant un moratoire sur l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste.
La Ville de Lévis avait soumis en 2010 un mémoire très critique au Bureau d'audience publique sur l'environnement (BAPE) sur l'exploitation des gaz de schiste sur son territoire. Pour la seconde ronde de consultations publiques, menée à la suite du dépôt du rapport découlant de l'Évaluation environnementale stratégique, le BAPE entendra de nouveau la Ville mardi.
Celle-ci ira cependant plus loin cette fois-ci, en réclamant dans son mémoire un moratoire sur toute activité d'exploration et d'exploitation des gaz de schiste tant et aussi longtemps que les nombreux questionnements qui persistent sur cette industrie n'auront pas été éclaircis.
La Ville veut savoir si la sécurité de la population est menacée, si les mesures sont en place pour faire face à des incendies, des explosions ou des déversements toxiques. Elle se demande comment les compagnies entendent disposer des dizaines de milliers de mètres cubes de boues de forage qui seront produites annuellement. Car la Ville refuse que celles-ci se retrouvent dans son site d'enfouissement. Pas plus qu'elle n'a l'intention de traiter les eaux usées issues de la fracturation dans ses usines municipales.
Lévis se questionne aussi sur les risques d'affaissement de sol ou de séismes liés à l'exploitation, sur la possible contamination de la nappe phréatique et des cours d'eau, sur l'utilisation de l'eau, sur le nombre de puits qui chambarderont le paysage et la qualité de vie des résidants, sur l'impact sur l'agriculture, sur l'accroissement du camionnage, sur la présence de redevances suffisantes pour compenser les inconvénients.
Inquiétudes partagées
Ces inquiétudes sont partagées par la population, note la Ville. Pour le maire Gilles Lehouillier, la solution passe par l'octroi de pouvoir supplémentaire aux villes. «On veut avoir les pleins pouvoirs. Non seulement sur le périmètre urbain, mais sur tout aménagement qui touche notre territoire.» Cela comprend les milieux humides, comme la Grande Plée bleue, et les autres milieux naturels protégés, a-t-il insisté.
Cela ne signifie pas que ce sera non à toute activité d'exploration ou d'exploitation des gaz de schiste, mais cela donnera la possibilité à la Ville de refuser des projets là où elle ne veut pas de puits de forage. «On veut avoir le plein contrôle.» Et cette autonomie doit être accordée aux villes avant que tout projet d'exploitation franchisse l'étape de l'autorisation.
«En l'absence de pouvoirs municipaux, l'exploitation des gaz de schiste risque de semer le chaos dans notre communauté, d'abord en créant des nuisances pour la population lévisienne (bruit, camionnage, pollution visuelle), mais surtout en bradant pour du développement à courte vue, nos richesses naturelles les plus importantes : l'eau et les sols», lit-on dans le mémoire que le conseiller Pierre Lainesse et le cadre responsable du dossier à la Ville, Benoît Chevalier, présenteront aujourd'hui.
Dans l'état actuel des choses, la Ville a des raisons de penser que l'exploitation des gaz de schiste «pourrait représenter une menace réelle pour la qualité de vie de la population lévisienne, et les générations qui nous suivent», ajoute-t-on.