Gaz Métro veut se servir d'un pipeline pour raccorder les hydrocarbures à son réseau.

Gaz de schiste: des impacts sur les forêts de la vallée du Saint-Laurent

Sans représenter un bouleversement majeur du paysage, l'exploitation des gaz de schiste risque de morceler encore davantage les bouts de forêt déjà très fragmentés des basses-terres du Saint-Laurent, selon une étude de l'Université Laval parue dans le dernier numéro de la revue savante Environmental Management.
L'étude présente une simulation où les chercheurs ont appliqué un scénario de développement rapide des gaz de schiste, inspiré de la Pennsylvanie, à deux MRC de la Rive-Sud, soit Bécancour et Lotbinière. L'idée était de voir quel genre d'impact sur le paysage aurait un tel développement, en tenant compte des lois québécoises et du déboisement pour les forages, les routes et les pipelines devant relier les puits au réseau principal de gazoducs, explique l'un des auteurs de l'article, Claude Lavoie, professeur à l'École supérieure d'aménagement du territoire (ESAD) de l'Université Laval. Le premier signataire est Alexandre Racicot, lui aussi rattaché à l'ESAD.
En divisant le territoire en hexagones de 2,6 km2 et en éliminant tous les hexagones dont plus de50 % de la superficie était déjà «occupée» (proximité de bâtiments, plans d'eau, etc.), M. Savoie et ses collègues ont trouvé assez d'espace pour placer 234 «plateformes de forage» - soit des aires où l'industrie regroupe de 8 à 10 puits. De là, les chercheurs ont déterminé le tracé des routes et des pipelines en suivant quelques règles qui en minimisaient généralement la longueur.
En termes de superficie de forêt rasée, cela ne représenterait pas grand-chose: moins de 1 % des boisés des deux MRC.
Plus de fragments
Mais «là où il y a un impact assez substantiel, explique M. Lavoie, c'est dans l'augmentation du nombre de fragments de forêt, qui passe d'environ 3500 jusqu'à 4250 [dans un des scénarios étudiés; dans l'ensemble des simulations, l'accroissement du nombre de parcelles boisées varie de 13 à 21 %]. Donc, ça donne une forêt qui est encore plus découpée qu'elle ne l'est maintenant».
La fragmentation des habitats, notons-le, est reconnue comme un problème environnemental au sens où, par exemple, quatre morceaux de forêt de 2,5 km2 n'abritent habituellement pas une vie aussi riche qu'un seul boisé de 10 km2.
Étonnamment, ce n'est pas la construction de routes qui serait la principale responsable de ce morcellement. Même en présumant que les routes privées ne puissent pas être utilisées par l'industrie,M. Lavoie et son équipe calculent qu'il n'y en aurait que pour 171 kilomètres supplémentaires, soit 6 % du réseau actuel. Ce sont plutôt les pipelines qui seraient à blâmer :ils demandent un dégagement de 15 à 18 mètres de large, car ils doivent être facilement accessibles sur toute leur longueur, et une forte exploitation des gaz de schiste dans Lotbinière et dans Bécancour demanderait environ 500 km de tuyaux, peu importe le scénario envisagé. La solution de rechange serait de camionner tout le gaz jusqu'au réseau de Gaz Métro, mais cela impliquerait d'autres sortes d'inconvénients (dommages aux routes, dérangement, etc.).
Impact des pipelines
«On ne voit pas les pipelines et, en général, ils suivent les routes, mais il faut quand même faire les trouées. Et s'il y a un impact sur les forêts, ça va être bien plus à cause des pipelines. [...] Ils passent parfois par les forêts, parce qu'on ne peut pas toujours les éviter et, en définitive, pour ceux qui développeront le réseau, le défi sera de savoir où les faire passer. [...] Mais ça, personne n'en parle. On est, à ma connaissance, les premiers à faire une estimation d'avance de ce que ça représenterait», commente M. Lavoie.
Hormis ce morcellement, cependant, le chercheur estime que l'impact du développement gazier sur le paysage serait assez modeste. «Quand on a commencé ce travail-là, je m'attendais à ce que l'impact soit beaucoup plus grand. Finalement, ce n'est pas tant que ça, mais Lotbinière et Bécancour sont des régions qui ont déjà perdu une grande partie de leur couvert forestier, alors ce n'est pas très étonnant», dit-il.