L'évaluation environnementale suggérée par le BAPE est un «passage obligé» pour développer le gaz de shale et en assurer l'acceptabilité sociale, plaide-t-on dans le rapport.

Gaz de schiste : Québec commandera un autre rapport

«C'est quelque chose qui ressemble à un moratoire.»
Quelques jours après avoir reçu le rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sur les gaz de schiste, le ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, s'apprête à commander une nouvelle étude sur le même sujet qui pourrait prendre, celle-là, entre 18 mois et deux ans à compléter. Il s'agira d'une «étude environnementale stratégique» (EES), du même type que celle qui a débouché, en septembre, sur l'interdiction d'effectuer des relevés sismiques dans l'estuaire du Saint-Laurent.
La mise sur pied de cette EES constitue la principale recommandation formulée dans le rapport du BAPE, que M. Arcand a rendu public mardi, à Montréal. Après cinq mois de travail, d'audiences et de visites de puits de gaz de schiste aux États-Unis, les commissaires ont dû constater que «pour certaines questions fondamentales [notamment sur la protection des eaux souterraines, N.D.L.R.], les réponses sont partielles ou inexistantes». Par conséquent, conclut le rapport, «la réalisation d'une [EES] devient un passage obligé tant dans un processus de prise de décision éclairée que pour la recherche d'une meilleure acceptabilité sur le plan social».
Activités gelées
Et dans l'intervalle, a précisé M. Arcand lors d'un entretien avec Le Soleil, «les seuls puits qui pourront être fracturés seront ceux qui aident à améliorer nos connaissances scientifiques». Ces travaux devront s'inscrire dans le cadre de l'EES, ce qui revient quasiment à geler les activités de l'industrie, car le ministre prévoit qu'un nombre «très limité» de fracturations seront ainsi autorisées.
Rappelons que le gaz de schiste est retenu «prisonnier» depuis des millions d'années dans des roches nommées shale ou schiste. Pour le récupérer, l'industrie injecte sous haute pression des millions de litres d'eau (additionnée de sable et de produits chimiques) dans le sol afin de fracturer la pierre. Les grains de sable s'introduisent alors dans les fissures et les empêchent de se refermer, ce qui permet au gaz de s'échapper. Trente et un puits de gaz de schiste ont été forés jusqu'à maintenant, dont 18 ont été fracturés.
Sur pied au printemps
L'équipe de cette EES devrait réunir «entre 5 et 10 personnes» provenant des milieux scientifiques, gouvernementaux et de l'industrie, prévoit M. Arcand, qui espère pouvoir lancer ses travaux vers la fin du printemps.
En plus de devoir servir l'EES, a ajouté le ministre, toute nouvelle fracturation devra être soumise à une consultation publique, dont la forme reste à déterminer. «Le BAPE a déjà une procédure dont on pourra s'inspirer. J'imagine qu'on aura des soirées... Tout le monde aura voix au chapitre», a avancé M. Arcand.
Ce dernier assure par ailleurs que le gouvernement a l'intention de donner suite à toutes les recommandations, ou presque, du rapport du BAPE, au nombre de 101. «Les seules restrictions [à leur application] seraient de nature technique; faire des choses pas pratiques ou qui impliquent des coûts astronomiques», a dit le ministre, sans donner plus de détails.
Du nombre, notons que Québec donnera suite à la recommandation du BAPE de rendre obligatoire la divulgation publique des additifs chimiques utilisés pour fracturer les puits, et qu'il interdira «tout additif chimique dans les eaux de fracturation pour lequel les risques pour l'environnement ou la santé ne peuvent être évalués ou qui pourrait présenter un risque».
En outre, le ministère des Finances se penchera sur les droits d'exploration gazière, jugés trop minces par plusieurs, afin de voir s'il n'y aurait pas moyen de récupérer des sommes supplémentaires.