Les prélèvements de sols se feront à proximité d'une «pouponnière» à bélugas à Cacouna, selon les opposants au projet.

Forages devant Cacouna: Pêches et Océans défend son intégrité

Contrairement à ce que prétendent les écologistes, Pêches et Océans Canada n'a pas ignoré l'avis de ses scientifiques avant d'autoriser TransCanada à faire des forages devant Cacouna, assure le directeur général du Ministère pour le Québec, Richard Nadeau. Dans une entrevue avec Le Soleil, celui-ci a également dénoncé la «démagogie» qui règne dans ce dossier et les attaques dont certains de ses collègues ont été la cible dans les médias.
«Je veux être clair sur un point : les gens qui font les analyses sont des biologistes, ce sont tous des scientifiques, et celui qui est analyste sur le dossier d'exploration géotechnique à Cacouna [un dénommé Alain Kemp] est un de nos meilleurs», dit-il.
Cette «exploration géotechnique», phase préliminaire du projet de terminal pétrolier que TransCanada veut construire là-bas, a fait couler beaucoup d'encre ces dernières semaines. Une première étape, qui incluait des relevés sismiques, a été réalisée ce printemps et avait fait l'objet d'un avis scientifique d'une spécialiste fédérale des bélugas, Véronique Lesage. Celle-ci avait indiqué que cette partie de l'exploration ne devrait pas se prolonger au-delà du 30 avril. Le secteur de Cacouna est en effet une sorte de «pouponnière» pour les bélugas, les femelles le fréquentant intensément avec leurs veaux du printemps jusqu'à l'automne.
Une seconde étape, qui a lieu présentement, consiste à étudier la composition du sol, ce qui implique de forer plusieurs heures par jour pendant plusieurs semaines. Le Centre québécois de droit de l'environnement et plusieurs groupes environnementaux reprochent maintenant à Pêches et Océans de ne pas avoir demandé le même genre d'avis scientifique pour l'étape des forages. Des documents qu'ils ont déposés la semaine dernière en Cour supérieure, où ils demandent un arrêt des travaux, laissent même entendre que Mme Lesage pourrait avoir eu des réserves à leur propos. Les «verts» dénoncent aussi que Pêches et Océans (et le ministère provincial de l'Environnement par la suite) ait choisi de se fier à l'opinion de M. Kemp, qui est biologiste, mais pas un spécialiste des mammifères marins.
Cependant, signale M. Nadeau, il faut savoir que ce genre d'avis n'est demandé que lorsque la littérature scientifique n'est pas assez claire sur une question. Dans le cas des levées sismiques, «le risque était élevé et c'est ce même Alain Kemp qui avait demandé l'avis de Mme Lesage. C'est toujours comme ça qu'on procède : dans l'incertitude, il y a une demande d'avis. Dans le cas des forages, il n'y avait pas ces incertitudes-là, et on avait l'engagement du promoteur de cesser les travaux en présence de tout mammifère marin», indique le haut fonctionnaire.
L'ouïe des bélugas
En outre, poursuit-il, «l'étape des forages est incomparable avec l'exploration sismique. Le sismique peut endommager l'ouïe des mammifères marins, mais ce n'est pas le cas pour le forage», dit-il.
Il n'empêche, toutefois, que c'est autre chose que craignent à peu près tous les spécialistes du béluga : certes, disent-ils, les forages ne blesseront pas l'appareil auditif des mammifères marins, mais si le bruit causé par les travaux force les bélugas à éviter un secteur où ils ont besoin d'aller, c'est l'espèce au complet (déjà menacée d'extinction et qui éprouve des problèmes de reproduction) qui risque d'en souffrir. Mais M. Nadeau affirme que cet aspect a bel et bien été pris en compte.
«C'était couvert par l'analyse du promoteur, dit-il, et c'est pourquoi le promoteur s'engageait à cesser les travaux en présence de mammifère marin. Ça, ça veut dire que s'il y a des bélugas dans le coin pendant une semaine, ils n'ont pas le droit d'avoir d'équipement en fonction. [...] Les bélugas du Saint-Laurent sont probablement les mammifères marins les plus habitués au bruit [à cause, notamment, d'activités de dragage fréquentes dans cette portion du fleuve].»
Démagogie
Du reste, si le projet de TransCanada se rend devant le BAPE et l'Office national de l'énergie, alors toutes les expertises de Pêches et Océans en matière de bélugas seront mises à contribution.
«Il y a eu beaucoup de démagogie dans ce dossier, déplore M. Nadeau. Que les gens s'opposent au projet de TransCanada, ils ont le droit, on vit dans un pays démocratique. Mais il ne faut pas oublier que le processus d'évaluation de projet qu'on applique se fait aussi dans le contexte d'un pays démocratique où les gens ont le droit que leur projet soit évalué de façon aussi objective et intègre que possible par les fonctionnaires.»