La région de Boston Flats, en Colombie-Britannique, a été dûrement touchée par les feux de forêts des derniers jours.

Feux de forêt en Colombie-Britannique : des Québécois sur le qui-vive

Karine Lajoie et son conjoint ont déjà pris soin de faire leur valise. Un écran de fumée plane sur leur tête. D'heure en heure, le couple de Québécois reste en alerte depuis leur maison de McLeese Lake en Colombie-Britannique. L'incendie de forêt le plus près n'est qu'à une dizaine de kilomètres.
«Vous savez le mode sépia quand on prend une photo, bien on est comme en mode sépia depuis vendredi», illustre la Septilienne, Karine Lajoie. «Il y a un smog de fumée tout le temps et l'odeur est là aussi. C'est sûr qu'on a pris des précautions. La température n'est pas clémente. On ne prévoit pas de pluie, c'est sec partout, c'est très inquiétant». 
De gigantesques feux de forêt malmènent la côte ouest forçant l'évacuation de 8000 personnes en Californie et plus de 14 000 en Colombie-Britannique. Au pays, quelque 220 brasiers, couvrant 320 km carrés, donnent du fil à retordre aux pompiers, entre autres près de la ville de Williams Lake qui a été déclarée lundi en état d'alerte d'évacuation.
Le couple formé d'Adrian Barbulescu et de Karine Lajoie habite la Colombie-Britannique depuis deux ans.
La résidence de Karine Lajoie est à une quarantaine de kilomètres au nord de Williams Lake. Le couple prévoyait d'ailleurs s'y rendre mardi pour se ravitailler en nourriture et essence. «On ne sait pas qu'est-ce qu'on va voir. Il y a des gens aux alentours de la ville qui ont perdu leur maison. C'est très, très inquiétant. C'est pas le fun», ajoute-t-elle. 
«Nous, la ville la plus proche, c'est Williams Lake et ils sont en alerte d'évacuation partout, l'aéroport est fermé alors on se sent un peu coupé du monde», indique Mme Lajoie. Reste que pour l'heure, le secteur où elle habite avec son conjoint est épargné par les flammes. «On fait partie des chanceux», dit-elle. 
«Ici, c'est pas trop inquiétant, mais on ne sait jamais, si les vents changent de bord. On reste en alerte. On regarde les réseaux sociaux et les nouvelles. (...) Ça dépend des jours, des heures. Tout change tellement vite. Un moment donné, on se sent en sécurité et le moment d'après, ce n'est plus du tout pareil», résume la trentenaire. 
«On ne prend pas de chance. On ne sait jamais, c'est encore très sec autour. S'il arrive quelque chose, on va être prêts.»
Mouvement de solidarité 
Lundi, un groupe de résidents de son voisinage s'est réuni pour essayer d'éteindre les foyers de l'incendie qui brûle à une dizaine de kilomètres de chez elle. «C'est un feu qui se propage sous terre. Il n'est pas trop visible. C'est plus de travail et les équipements sont restreints. Puisqu'il n'est pas trop important, les gens sont occupés ailleurs». 
C'est donc armés de pelles, de pics et de haches que le couple et leurs voisins ont tenté «de travailler le feu» avec en plus, une bonne réserve d'eau. Des pompiers volontaires de McLeese Lake sont venus en renfort dans l'après-midi. «On espère que ç'a pu ralentir sa progression. De la pluie, ça aiderait aussi», explique Karine Lajoie. 
La Septilienne témoigne aussi que la «solidarité se fait sentir» sur le terrain. Elle et son conjoint ont ouvert leur vaste cour pour accueillir des sinistrés, au besoin. D'autres ont aussi ouvert leurs portes. C'est que si la ville de Williams Lake est évacuée, qui compte 10 000 de population, des gens pourraient être envoyés vers le nord, indique-t-elle. 
«Les gens offrent ce qu'ils peuvent, les terrains surtout pour stocker le plus de choses possibles», poursuit Mme Lajoie. Des dizaines de résidents de Fort McMurray en Alberta, où des feux de forêt ont fait de lourds dégâts en 2016, ont aussi fait don de denrées et biens, notamment à Kamloops qui accueille bon nombre de sinistrés.
La SOPFEU prête à aider
La Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) doit expédier mercredi 200 motopompes en Colombie-Britannique, où de gigantesques brasiers font rage. Et même si elle n'a pas encore reçu de demandes pour déployer des pompiers québécois dans la province de l'ouest, la société est prête à venir en renfort. 
La SOPFEU a mis en disponibilité deux sections de pompiers forestiers, ce qui correspond à une quarantaine de ressources, en plus de deux avions-citernes et d'un aéropointeur «pour soutenir la Colombie-Britannique même si nous sommes toujours en attente de leur part», indique la porte-parole, Émilie Bégin. 
C'est le Centre interservices des feux de forêt du Canada qui coordonne le déploiement des ressources lorsqu'une province est la proie des flammes. Des rencontres téléphoniques quotidiennes ont lieu «pour faire état des disponibilités», ajoute-t-elle. Pour l'heure, le Québec pourrait aider plus «à long terme», estime la SOPFEU. 
«Dans le cas de la Colombie-Britannique, ils envisagent être dans les incendies de forêt pour quand même plusieurs semaines avant de réussir à éteindre tous les brasiers alors ça prend des pompiers pour remplacer ceux actuellement sur le feu. On pourrait plus rentrer dans la stratégie à long terme (de la province)», indique Mme Bégin. 
Quelque 300 pompiers d'un peu partout au Canada ont été dépêchés dans l'ouest pour prêter main-forte au millier de sapeurs de la Colombie-Britannique. Les forces armées canadiennes aident aussi les résidents touchés. Avec La Presse canadienne