Exploitation de l'uranium: les Gaspésiens aux aguets

Bien des Gaspésiens de la Baie-des-Chaleurs reprennent le collier pour exprimer leur opposition à l'exploration et à l'exploitation de l'uranium dans leur région, comme ils l'avaient fait en 2010 et en 2011 pour contrer une campagne d'exploration à Pointe-à-la-Croix.
Ils ont verbalisé cette opposition récemment lors du passage de la commission d'enquête du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) portant sur les enjeux de la filière uranifère au Québec, et plusieurs groupes ou personnes à titre individuel peaufinent des mémoires qu'ils achemineront avant le 11 juillet à cette même commission.
«Même si ça fait trois ans que nous avons gagné la première manche, nous avons toujours la même inquiétude de voir une compagnie débarquer ici et explorer pour trouver de l'uranium. Nous sommes contre ce minéral radioactif, mais nous voulons aussi exprimer notre désir d'être consultés pour tout projet minier, pétrolier et gazier», précise Michel Goudreau, qui avait fondé avec d'autres écologistes Stop uranium Baie-des-Chaleurs en 2010.
À la fin de 2010 et en 2011, la mobilisation du secteur de Pointe-à-la-Croix a rassemblé jusqu'à 300 personnes en assemblée publique pour dénoncer le projet d'une firme de Colombie-Britannique, Terra Firma, désireuse de poursuivre des travaux d'exploration près de la source d'eau municipale.
Cette source sert 580 foyers. Le secteur visé se trouve également proche des puits artésiens de120 autres maisons. Il y a quatre ans, Terra Firma n'avait consulté personne, ni municipalités ni communauté autochtone, avant de poursuivre une exploration jusque-là réalisée par voie aérienne.
Devant les commissaires Louis-Gilles Francoeur et Michèle Goyer, Michel Goudreau a d'abord déploré le manque de publicité fait autour de la présence du BAPE dans la région avant de signaler «qu'une fois une mine exploitée, 85 % des déchets restent ici, quand l'exploitation est terminée».
Le maire de Pointe-à-la-Croix, Jean-Paul Audy, soulignera dans son mémoire la nécessité «de consultations publiques, d'acceptabilité sociale, du respect des normes, du pouvoir des municipalités, d'un droit de regard. Nous devrions avoir un droit de refus dans certaines circonstances».
Karen Martin, une Autochtone de Listuguj, signalera à la commission que le territoire n'a jamais été cédé. «Les compagnies qui viennent explorer sans consulter font du vol, et le gouvernement est complice.»
L'uranium en concentration élevée peut causer des changements génétiques chez les êtres humains, assez pour provoquer certains types de cancer.
La commission sur les enjeux de la filiale uranifère doit déposer son rapport le 20 mai 2015 au plus tard.