Anacolor, qui exploite une usine de peinture de pièces métalliques à Cap-Rouge, fait face à une pénalité de 10 000 $ du ministère de l'Environnement (MDDELCC) pour avoir rejeté des composés organiques volatils dans l'air - le voisinage se plaint beaucoup des odeurs, d'ailleurs.

Étude environnementale: des résultats en demi-teintes pour Anacolor

Le ministère de l'Environnement (MDDELCC) a rendu publics vendredi les résultats, très attendus, de ses dernières analyses d'air à Cap-Rouge dans le dossier Anacolor. Et s'ils blanchissent désormais l'usine de tout dépassement de normes pour les «composés organiques volatils» (COV, des solvants à peinture), ils démontrent quand même clairement sa responsabilité pour les odeurs que subit le voisinage.
Pendant toute la semaine du 27  février, le laboratoire mobile du MDDELCC (aussi appelé «TAGA») a pris des échantillons d'air un peu partout autour de l'usine de peinture de pièces métalliques, qui a fait l'objet de nombreuses plaintes pour odeurs ces dernières années. En plusieurs occasions, ils ont détecté des COV, principale forme de pollution que rejette l'usine, mais contrairement aux analyses d'air faites entre 2013 et 2015, les quantités mesurées n'étaient jamais suffisantes pour enfreindre les normes environnementales.
Copropriétaire de l'usine, Richard Leblanc s'est dit «très heureux de ces résultats, notamment en raison de leur fiabilité et de leur objectivité. [...] Nous voyons dans ces résultats la conséquence de plusieurs mois de travail, notamment sur le plan du développement de produits de base plus écologiques». La controverse entourant ces odeurs apparues quand l'entreprise a accru sa production à la fin de 2012 l'a amenée à modifier ses cheminées et à remplacer certains produits qu'elle utilisait. Un nouvel épurateur installé après le passage du TAGA devrait d'ailleurs abaisser encore plus les quantités de COV rejetées, se félicite M. Leblanc.
Cependant, les techniciens du MDDELCC n'ont pas fait que mesurer des COV : ils ont aussi noté où et quand ils percevaient des odeurs, et leurs données «démontrent clairement que l'entreprise Anacolor est la source des odeurs sucrées de solvant et de peinture perçues dans le secteur et qu'elle est responsable de l'augmentation significative de la concentration de certains COV dans l'air ambiant». À plusieurs reprises, les odeurs perçues par les techniciens de l'Environnement étaient «fortes», relève le document, et les relents les plus prononcés étaient généralement liés à des mesures objectives de COV plus fortes (bien que toujours sous les normes).
Les notes du ministère sont par ailleurs cohérentes avec les témoignages de citoyens, qui parlent d'odeurs pouvant être longtemps absentes, mais qui arrivent par «bouffées».
Rappelons que dans un rapport publié l'été dernier, la Santé publique concluait que malgré les dépassements antérieurs, les concentrations de COV observées n'étaient pas suffisantes pour provoquer des effets toxiques, et que le problème en était un d'odeurs. De la même façon qu'un passage au rayon des parfums d'un commerce peut donner mal à la tête, les relents d'Anacolor provoquent des symptômes (céphalées, maux de gorge, étourdissements, etc.) réels parmi le voisinage, concluait la Santé publique, qui demandait que des actions soient prises rapidement.
Ce rapport du TAGA était très attendu, tout ce beau monde devant se retrouver en cour la semaine prochaine. Le MDDELCC exige depuis l'automne dernier que l'usine se dote d'un épurateur éliminant 90 % des COV - ce qui est nettement plus que ce que le nouvel épurateur de l'entreprise peut faire -, mais Anacolor conteste cette condition devant les tribunaux, estimant se conformer déjà aux règles environnementales qui s'appliquent à son cas.
«Améliorations»
Expert en olfactométrie engagé par Anacolor, Yann Contratto fait remarquer que «sur 169 observations, les odeurs ont été qualifiées de fortes seulement 12 fois sur 5 jours», ce qui est une nette amélioration par rapport aux rapports qu'a produits le TAGA de 2013 à 2015.
À la question de savoir s'il ne trouve pas que, du point de vue d'un résident, sentir des odeurs «fortes» 12 fois par semaine est une fréquence énorme, M. Contratto admet que «oui, tout à fait, mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'inspecteurs qui sont là pour faire des tournées d'odeurs» et qui font donc exprès de se placer sous le vent. Ils ont donc forcément senti les effluves d'Anacolor plus souvent que la moyenne des résidents.
Tout en indiquant qu'il y a eu, à son avis, «beaucoup d'exagérations» dans ce dossier, M. Contratto ajoute qu'il est «très probable qu'il y ait encore des améliorations à faire, notamment en ce qui concerne les produits neutralisants [qu'Anacolor ajoute à ses rejets depuis quelques mois, ndlr] qui sont peut-être encore un peu mal dosés, mais on est très clairement sur la bonne voie».
Du côté des résidents, la porte-parole du Regroupement citoyen pour la qualité de l'air à Cap-Rouge, Stéphanie Houde, qualifie ces résultats de relativement «rassurants», mais note que rien de tout cela ne signifie qu'il n'y a pas d'odeurs. Or, c'est là tout le fond de l'affaire, dit-elle.
«Quand tu sors dans ta cour et que ça te donne mal à la tête, ce n'est pas normal. [...] C'est pour ça qu'on fait pression sur la Ville de Québec, parce que les nuisances relèvent d'elle, mais elle ne fait rien. Pendant ce temps-là, c'est nous, les citoyens, qui payons le transport scolaire pour que nos enfants reviennent diner à la maison pour éviter les odeurs dans la cour d'école», déplore Mme Houde.