Denis Carrier, de Saint-Anselme, a dû attendre un peu plus de deux mois entre la mise en marche de son éolienne et l'installation de son compteur. Il estime sa perte de crédit à un peu moins de 1000 $.

Éoliennes domestiques: Hydro-Québec tarde à remplir ses promesses

Plusieurs agriculteurs acheteurs d'éoliennes domestiques doivent attendre jusqu'à deux mois avant qu'Hydro-Québec ne vienne installer le compteur qui déterminera le nombre de kilowatts envoyés dans le réseau. En attendant, ceux-ci envoient de l'électricité gratuitement dans les lignes.
«On subventionne Hydro-Québec», lance Denis Carrier de Saint-Anselme qui a dû attendre un peu plus de deux mois entre la mise en marche de son éolienne, le 10 juillet, et l'installation de son compteur, le 13 septembre. En faisant un calcul rapide, M. Carrier estime sa perte de crédit à un peu moins de 1000$. «Si j'estime que mon éolienne fonctionne à 80%, qui est statistiquement la puissance minimale, je suis même conservateur avec ce 1000$.»
«C'est une démarche très, très lourde, explique M. Carrier. Moi, je rembourse mon emprunt et Hydro ne vient pas installer mon compteur, je ne fais aucunement les économies promises», explique l'agriculteur, visiblement irrité.
Malgré quelques problèmes à l'installation, Mario Quesnel de Saint-Anicet (Ferme B.M. Quesnel) près de Valleyfield, a attendu «un minimum de trois mois» en 2012 avant que le compteur ne soit installé chez lui. «On a de la misère à parler à Hydro Québec», explique-t-il. Même si le compteur est installé, il reste plein de zones grises à éclaircir. «On ne comprend pas comment seront crédités nos surplus d'énergie. On essaie de prendre contact avec la seule personne responsable de ce programme à Hydro-Québec, et elle ne nous rappelle jamais.»
Jean Landry, de la Ferme Jean Landry à Saint-Valentin, au sud de Montréal, s'est intéressé au projet à la suite d'une exposition agricole. Même si les pièces ont pris du temps à arriver de Chine, c'est l'inaction d'Hydro-Québec qui le surprend. «Mon éolienne est installée depuis deux mois et ils n'ont pas encore changé le compteur. Tout ce que je remarque, c'est mon compteur à cadran qui tourne à l'envers pendant les journées de grands vents.»
«Chaque demande est unique, il est donc vrai que le délai peut prendre plusieurs semaines», avance Louis-Olivier Batty, attaché de presse pour Hydro-Québec, malgré les preuves soumises qui affichaient plusieurs mois d'attente. Impossible de savoir si le fait que les compteurs tournent à l'envers est une forme de crédit, l'attaché parle même d'une anormalité. «La bonne chose à faire, c'est de ne pas faire fonctionner l'éolienne tant que le compteur n'est pas installé», ajoute-t-il. Il n'y a aucune mention à ce sujet dans l'option de mesurage net. La société d'État a pu cependant certifier que les autoproducteurs n'auraient pas de dédommagement à la suite des longs mois d'attente. La contribution des autoproducteurs, aussi modeste soit-elle, passe donc inaperçue.
L'attaché a néanmoins spécifié qu'ils travaillaient à faciliter le processus et qu'ils étaient sensibles à leurs clients.
Mauvaise communication
Pierre Lachance, le propriétaire de la compagnie ÉcoloÉnergie qui vend des éoliennes domestiques, croit sincèrement qu'Hydro-Québec met des bâtons dans les roues de ses acheteurs. «Hydro-Québec tarde à ouvrir les demandes d'adhésion. Ça peut prendre jusqu'à trois mois avant d'ouvrir le courriel seulement. Trois mois de plus à répondre à celui-ci.»
Le plus fâcheux, expliquent les propriétaires d'éoliennes, est qu'une fois l'engin installé et en fonction, Hydro-Québec peut prendre jusqu'à trois mois pour venir installer le précieux compteur qui détermine le nombre de kilowatts/heure injecté dans le réseau.
Chacun des autoproducteurs affirme avoir toutes les difficultés du monde à joindre le responsable du programme chez Hydro-Québec. «Je trouve ça plate! C'est un programme qu'ils ont créé et ils ne l'appliquent pas», souligne Denis Carrier.
En un mot...
L'option de mesurage net permet à des autoproducteurs d'énergie électrique de se raccorder au système d'Hydro-Québec s'ils se soumettent à certains critères. La société d'État s'engage à installer, à ses frais, un compteur intelligent qui détermine le nombre de crédits utilisables pour le client. Si l'autoproducteur produit plus qu'il ne consomme durant un mois donné, Hydro-Québec le comptabilise et le créditera la prochaine fois qu'il aura un mois déficitaire.