Pascal Bergeron, d'Environnement Vert Plus, estime que Québec n'a ni les moyens ni les connaissances nécessaires pour régler le problème des puits abandonnés, comme celui de la rue Toundra, sous ses pieds.

Encore des fuites de méthanes dans des puits abandonnés à Gaspé

Inspecté trois fois depuis 2013, un vieux puits de pétrole continue de laisser échapper du méthane à 15 mètres d'habitations à Gaspé. D'autres puits fuient dans le secteur, rapportent des groupes environnementaux, qui demandent à Québec de cesser d'accorder des permis de forage avant d'avoir colmaté les puits abandonnés.
Le puits, foré en 1890, est situé à l'extrémité de la rue Toundra. Les groupes gaspésiens Environnement vert plus et Tache d'huile ont convié la presse sur les lieux, où des bulles de gaz éclatent à la surface d'une mare d'eau boueuse.
Lors de visites en 2013, 2015 et 2016, des inspecteurs du ministère des Ressources naturelles ont relevé divers problèmes : détection de méthane, odeur d'hydrocarbures, absence de clôture autour du site, contamination de l'eau de la flaque et des sols alentour.
Pourtant, le puits est censé avoir été convenablement fermé en 1999, à la demande de Québec. À l'époque, l'entreprise Foragaz (une division de Junex) a coulé du ciment dans le forage et a soudé une plaque d'acier sur le coffrage, avant d'enterrer la tête du puits à un mètre sous le sol. 
En 2013 et en 2015, la même équipe de deux inspecteurs a visité le puits de la rue Toundra. Les deux fois, ils signalent que les coordonnées GPS du ministère et l'emplacement de la mare ne correspondent pas. Pourtant, c'est bien vis-à-vis la mare que se trouvait le puits en 1999, valident-ils.
En 2016, un autre inspecteur se présente sur la rue Toundra. Il ne parle plus de corriger les coordonnées GPS, mais écrit que le puits «a été probablement foré sur ou à côté d'un suintement naturel». 
«Est-ce que le ministère est en train de transformer les puits mal fermés en résurgences naturelles?», demande Pascal Bergeron, d'Environnement Vert Plus. Des suintements naturels existent, admet-il, mais un forage «crée une voie de remontée préférentielle» pour les hydrocarbures.
Lors d'une tournée d'un jour en décembre, M. Bergeron a trouvé quatre autres puits abandonnés qui fuyaient dans les environs de Gaspé. «Le ministère a-t-il les moyens d'inspecter les 960 puits du Québec?», demande-t-il. «Et ça, c'est la pointe de l'iceberg si on se lance dans un scénario d'exploitation», ajoute M. Bergeron.
«Nous préparons un plan d'action terrain sur sept ans qui sera connu sous peu», a réagi le ministère des Ressources naturelles à notre question sur les puits abandonnés.