Louis Fortier, directeur scientifique du réseau ArcticNet et membre du comité organisateur de la conférence, constate «une explosion» de l’intérêt pour le Nord, même provenant des pays non arctiques.

Du plancton à la géopolitique

Les Chinois se construisent des brise-glaces, les Coréens et les Australiens aussi. Entre opportunité économique et «sirène d’alarme» sur le réchauffement de la planète, l’Arctique vit un véritable boum de recherche.

Quelque 1500 chercheurs, représentants des communautés nordiques et de l’industrie convergent vers Québec cette semaine pour la Conférence Arctic Change 2017, au centre des congrès. Jusqu’à vendredi, ils échangeront sur leurs dernières trouvailles, mettront en commun ce qu’ils observent ou convoitent au nord du 49e parallèle.

«Ça va du plancton jusqu’au développement du diabète dans les communautés, jusqu’aux relations internationales sur la détermination des frontières [dont celles du Canada]. Le dénominateur commun de tout ça, c’est le Nord», explique Louis Fortier, directeur scientifique du réseau ArcticNet et membre du comité organisateur de la conférence.

Ce dernier constate «une explosion» de l’intérêt pour le Nord, même provenant des pays non arctiques. Le réchauffement climatique et la fonte des glaces signifient un meilleur accès aux ressources pétrolières et minérales. «Plusieurs pays mettent les moyens financiers pour vraiment être dans la course», observe-t-il. «Le meilleur indicateur de ça : construction de brise-glaces de recherche.»

Les Chinois, les Allemands, la Corée du Sud, l’Australie, la France et l’Angleterre, qui n’ont pourtant pas de frontière dans l’Arctique, ont construit ou vont construire un ou plusieurs navires. Les pays du Conseil de l’Arctique (Canada, États-Unis, Norvège, Suède, Finlande, Danemark, Russie, Islande) continuent évidemment de s’y aventurer. «La Norvège vient de lancer un brise-glace de recherche», le Kronprins Haakon, une petite merveille technologique. 

«On n'y échappera pas»

Mais pour le simple mortel sans intérêts pécuniaires dans l’Arctique et qui n’y mettra probablement jamais les pieds, qu’est-ce qui justifierait de tourner les yeux vers le Nord? 

«C’est important parce que c’est une sirène d’alarme», répond sans détour Louis Fortier. «C’est le premier endroit de la planète qui se réchauffe. Le réchauffement y est deux fois plus intense. Ça nous permet de comprendre avec quelle intensité le réchauffement climatique va nous atteindre ici dans quelques années. On n’y échappera pas.» Tout ça dans le but de s’y adapter «mais aussi d’en réduire l’impact». 

Et il n’y a pas que les gens du Sud qui intéressent les chercheurs. Les communautés du Nord sont déjà au cœur de ces changements, participent aux travaux de recherche ou en sont l’objet, et tentent de trouver un équilibre entre développement économique et respect du mode de vie ancestral.

De nombreux chercheurs de l’Université Laval participeront à ces cinq jours de conférence. L’Institut nordique du Québec, lancé il y a un an, y sera aussi bien présent. Louis Fortier, qui en est le directeur de la science et de l’innovation, prononcera le discours d’ouverture.

***

L'INSTITUT NORDIQUE, PAS AVANT 2023

L’Institut nordique du Québec n’aura probablement pas son toit avant 2023, selon sa directrice de projet, Brigitte Bigué. Et le gouvernement fédéral n’a toujours pas confirmé sa part du financement, espéré à hauteur de 30 millions $. 

À pareille date l’an dernier, le gouvernement du Québec confirmait un investissement de 10,8 millions $ pour la confection des plans et devis du pavillon qui sera construit derrière le Vandry, à l’Université Laval. 

Le bâtiment, qui inclura notamment des laboratoires, des entrepôts et des ateliers d’innovation, est estimé à 90 millions $. Québec avait chiffré sa part à 33 millions $ alors que l’Université Laval allongera 27 millions $. On espérait il y a un an que l’annonce des investissements du provincial et de l’institution d’enseignement ferait débloquer le fédéral, mais ce n’est pas encore le cas. 

Malgré l’attente, Mme Bigué a assuré au Soleil que le dossier cheminait, que les discussions étaient toujours positives avec le fédéral et que le projet suivait son cours. Mme Bigué anticipe qu’en suivant toutes les étapes (plans et devis, dossier d’affaires, étude d’opportunité, etc.), l’Institut aura enfin ses locaux quelque-part 2023.

Au bureau du ministre Jean-Yves Duclos, un représentant a assuré que le dossier «progressait», sans donner davantage de détails.