On peut remarquer la présence de plaques de bitume dans les sentiers du parc municipal de la Rive-Sud, situé en bordure du Saint-Laurent, à l’embouchure de la rivière Etchemin.
On peut remarquer la présence de plaques de bitume dans les sentiers du parc municipal de la Rive-Sud, situé en bordure du Saint-Laurent, à l’embouchure de la rivière Etchemin.

Domaine Etchemin de Lévis: quand un parc naturel repose sur du remplissage de vieil asphalte

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
«Il y a 2 semaines j’ai visité pour la première fois le parc du Domaine Etchemin à Lévis. J’ai été surpris d’y voir de l’asphalte enterré en bonne quantité jusqu’au bord du fleuve.»

Carl Corbeil est maître électricien, mais c’est à titre de «simple» citoyen soucieux de son environnement qu’il a écrit au Soleil. La présence de plaques de bitume dans les sentiers du parc municipal de la Rive-Sud l’a pour le moins étonné; d’autant plus que cet espace vert est situé en bordure du Saint-Laurent, à l’embouchure de la rivière Etchemin. Pas vraiment un lieu où on s’attendrait à ce que l’aménagement ait été fait à coup de remplissage avec des matériaux routiers.

L’entrepreneur a été d’autant plus surpris de trouver de l’asphalte visible sur un terrain de la Ville que lui a déjà été prié par les autorités d’en enlever une moindre quantité sur une de ses propriétés. «Il y a plusieurs années, une entreprise a déversé un restant d’asphalte sur mon terrain à Val-Alain. J’ai reçu un avertissement du ministère de l’Environnement m’enjoignant à retirer l’asphalte. J’ai appris ce moment qu’il est interdit d’entrer du bitume. On peut comprendre c’est du pétrole.»

Ce qu’il a photographié pour nous au Domaine Etchemin lui semble donc «plus dommageable pour l’environnement que les quelques brouettes que j’avais sur un terrain en bordure de l’autoroute».

C’est vrai !

Nous avons relayé les observations de M. Corbeil à la mairie de Lévis. «La Ville a envoyé un ingénieur et un technicien en génie civil sur place afin de vérifier si la situation rapportée par le citoyen était une situation nouvelle où s’il s’agissait de la situation pour laquelle la Ville est déjà au fait», nous explique Noémie Goulet, conseillère en gestion des communications et des relations publiques. «En effet, la Ville est au fait qu’il y a eu du remplissage non conforme à cet endroit, mais celui-ci date d’avant la prise de possession du terrain par la Ville. Aucun remplissage non conforme n’a été fait à cet endroit depuis.» 

Le bitume qui ressort avec l’érosion remonte donc à une époque où on faisait peu de cas de l’environnement, de la santé des cours d’eau. De cette époque où, sur les deux rives du fleuve, on façonnait les berges avec ce qui était disponible.

Plus tard, en 1992, l’ancienne municipalité de Saint-Romuald, aujourd’hui fusionnée à Lévis, a fait l’acquisition du lot, ajoute Mme Goulet. 

Et ailleurs ?

S’il y a de la contamination au Domaine Etchemin, situé entre le boulevard Guillaume-Couture et le fleuve, est-il possible qu’il y en ait dans d’autres lieux publics de la Rive-Sud? Sans doute.

Il y des exemples, des endroits où il a fallu lessiver le sous-sol avant de réaménager la surface. «À chaque fois que des travaux sont effectués sur le territoire, notamment près des rives, la Ville a comme obligation de nettoyer et de mettre à niveau les sites en question, lorsque nécessaire (par exemple le parc de l’Anse-Tibbits, le site du Quai Paquet, le réaménagement de la côte Fréchette, le futur projet de la Pointe-Benson, etc.)», indique Noémie Goulet.

Aussi, puisque Lévis veut poursuivre la revitalisation du littoral, offrir de plus en plus d’accès au fleuve à ses citoyens, la liste des terrains où il faut réparer les erreurs du passé pourrait s’allonger. «Un inventaire complet des berges de la Ville est prévu dans les prochaines années, ce qui permettra de régulariser les situations du genre si d’autres existent sur le territoire», note-t-elle. «L’inventaire prévu permettra de connaitre les sites où il y a encore une présence de remplissage utilisant des techniques qui ne sont plus en vigueur de nos jours.»

Cet inventaire des berges «prévu au courant de l’année 2021» permettra en outre d’identifier les terrains où des travaux de stabilisation sont nécessaires afin de freiner l’érosion, de solidifier le rivage.

Lorsque des travaux seront requis, la Ville devra décontaminer. Mais, pour l’instant, il n’est pas prévu d’intervenir au Domaine Etchemin.