Le groupe Forêt y voir, dont on voit ici la porte-parole, Martine Sansfaçon, a déposé une plainte à la police contre le promoteur Sébastien Leboeuf.
Le groupe Forêt y voir, dont on voit ici la porte-parole, Martine Sansfaçon, a déposé une plainte à la police contre le promoteur Sébastien Leboeuf.

Domaine de la rivière des Roches: le bras de fer s'envenime

Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin
Le Soleil
Le bras de fer entre les défenseurs de boisés et le promoteur du Domaine de la rivière des Roches, à Charlesbourg, s'envenime. Le groupe Forêt y voir affirme avoir déposé une plainte à la police après avoir reçu des appels du développeur qui souhaitait les rencontrer. Harcèlement du promoteur ou frappe préventive des verts?
Voilà deux semaines, cinq citoyens ont envoyé une lettre à la Commission municipale du Québec pour demander à ce tribunal de vérifier la validité du règlement autorisant des «usages forestiers» sur le site du Domaine. Informé de cette nouvelle démarche pour bloquer son projet de 260 maisons à Charlesbourg, le promoteur Sébastien Leboeuf est entré en contact vendredi avec deux d'entre eux, en plus d'appeler la porte-parole du groupe Forêt y voir, Martine Sanfaçon.
L'homme à la tête de Placements Lemniscate qui a été mis à l'amende par la Ville pour avoir coupé des centaines d'arbres sans permis assure avoir simplement tenté de comprendre leur opposition, se disant même prêt à modifier son projet pour les satisfaire. En vain puisque, plutôt que de retourner ses messages,
Mme Sanfaçon a directement appelé la police pour porter plainte.
Appels répétitifs
«Imaginez une démarche administrative normale, mais les citoyens ont reçu des appels répétitifs du promoteur, ce qui fait qu'on a fait une plainte à la police», dénonce la porte-parole du groupe. Par répétitif, celle-ci parle de deux appels. Le promoteur reconnaît en avoir fait trois.
Sans oser parler d'intimidation ou de harcèlement de la part de M. Leboeuf, Mme Sanfaçon s'en prend plutôt à la Ville qu'elle accuse de «complicité avec le promoteur». Elle réclame des sanctions contre les employés municipaux ayant divulgué le nom des citoyens s'opposant au projet immobilier.
Québec réfute ces allégations, précisant que l'information était publique. «Non, ce n'est pas anonyme. C'est un document public», souligne un porte-parole, François Moisan.
Le promoteur se défend d'avoir tenté d'intimider qui que ce soit. Pour lui, l'objectif était avant tout de s'éviter une autre étape administrative, un autre délai de 45 jours dans son projet.
Ce n'est pas la première fois que M. Leboeuf procède ainsi pour accélérer la cadence, lui qui avait ainsi réussi à éviter un référendum sur son projet en septembre dernier. Quinze personnes avaient signé un registre pour demander la tenue d'un vote, alors qu'il en fallait seulement 12. Or, Sébastien Leboeuf avait rapidement visité certains d'entre eux pour leur présenter son projet et leur demander de se désister. Quatre avaient accepté.
Selon lui, ceux-ci croyaient qu'il souhaitait raser unilatéralement les 32,5 hectares qu'il possède, soit l'équivalent de 65 terrains de football. Or, il assure vouloir en conserver 40 %. Un parc linéaire devrait même, à terme, longer
la rivière.
S'opposant à tout développement dans la ceinture verte de Québec, Mme Sanfaçon dit que toute la saga du Domaine de la rivière des Roches n'est qu'un prélude à une longue guerre avec la Ville. Rappelons que pour contrer la pénurie de terrains constructibles dans la capitale, l'administration Labeaume souhaite permettre des développements résidentiels dans cinq secteurs forestiers au nord de la ville. Ce à quoi Forêt y voir s'oppose.