La fuite d'un oléoduc a causé un déversement de diesel dans le port de Cap-aux-Meules.
La fuite d'un oléoduc a causé un déversement de diesel dans le port de Cap-aux-Meules.

Déversement aux Îles-de-la-Madeleine: «Comme un signal d'alarme»

Johanne Fournier
Le Soleil
L'augmentation du trafic maritime dans le golfe du Saint-Laurent, à laquelle contribuent les nombreux pétroliers qui naviguent au large des Îles-de-la-Madeleine, accroît les risques d'une marée noire. Dans le cas d'un déversement pétrolier, l'archipel ne dispose d'aucune ressource humaine ni matérielle pour intervenir. C'est pourquoi le maire Jonathan Lapierre souhaite l'implantation, dans sa municipalité, d'un centre d'intervention d'urgence en cas de déversement pétrolier.
Pour l'élu, la fuite d'un oléoduc d'Hydro-Québec, survenue ces derniers jours au port de Cap-aux-Meules, est un avertissement.
«Cet événement précis nous démontre à quel point notre milieu est fragile, souligne le maire de l'archipel, Jonathan Lapierre. On est en plein coeur du golfe, à l'entrée du fleuve Saint-Laurent et on est une porte d'entrée du Québec. Au nord, au sud, à l'est et à l'ouest des Îles, il y a des pétroliers qui passent plusieurs fois par jour avec des tonnes et des tonnes d'hydrocarbures.»
Le maire Lapierre rappelle l'importance de préserver l'intégrité physique du milieu insulaire, dont l'économie repose principalement sur la pêche et le tourisme.
«La municipalité a son plan d'intervention d'urgence pour une multitude de catastrophes, précise-t-il. Ce qu'on veut, c'est un centre d'intervention d'urgence avec des ressources humaines et matérielles prêtes à intervenir en cas de déversement pétrolier aux Îles-de-la-Madeleine, mais également ailleurs au Québec. Dû au positionnement géographique des Îles, en plein coeur du golfe du Saint-Laurent, c'est beaucoup plus stratégique et propice de partir d'ici pour intervenir en cas de déversement.»
Mais, l'élu s'attend à se faire répondre par Québec que le gouvernement a les ressources pour intervenir et que les compagnies doivent assumer leur responsabilité en cas d'incident. «Moi, je pense qu'il faut arrêter de se fier aux autres, lance-t-il. Il faut avoir notre propre capacité d'intervenir et de réagir. C'est notre responsabilité de revendiquer ce centre et le gouvernement a la responsabilité de nous protéger.»
Éventuels forages
Selon M. Lapierre, il ne faudrait pas attendre qu'il y ait des forages, comme ceux envisagés dans le gisement Old Harry, situé au large de l'archipel. «Je perçois l'incident des derniers jours comme un signal d'alarme qui nous dit de ne pas attendre une catastrophe ou un autre incident de ce genre, mentionne-t-il. On a été relativement chanceux, en ce sens qu'on parle d'un équipement appartenant à Hydro-Québec, qui avait le personnel, le plan d'intervention et l'équipement pour faire face à cette situation-là.»
Les Madelinots ont déjà été échaudés lorsque, en septembre 1970, l'Irving Whale avait fait naufrage à une centaine de kilomètres de l'archipel. Ses plages avaient été souillées par une marée noire. Environ 200 000 sacs de plastique remplis de sable contaminé au mazout avaient été enfouis dans les dunes sur une distance de 80 km, au nord des Îles.
Près de 45 ans plus tard, l'érosion et le vent déterrent encore parfois certains de ces sacs.