C'est sur ce terrain situé à l'angle du boulevard Henri-Bourassa et de la rue du Ressac que les sédiments contaminés seront entreposés et asséchés en vue d'être intégrés à la structure de chaussée du futur quai 54.

Des sédiments contaminés dans le ciment du futur quai 54

Du ciment aux sols contaminés? C'est la solution trouvée par le Port de Québec pour disposer des sédiments pollués qui seront excavés lors du dragage du fleuve Saint-Laurent si le projet de quai dans le secteur Beauport est accepté. Des économies se chiffrant en millions de dollars sont attendues.
La valorisation des sols contaminés par la technique de « stabilisation et solidification » (S/S) est nouvelle, mais pas inédite au Québec. Le Port de Montréal l'a expérimentée en 2013 : des sols contaminés ont été intégrés au ciment utilisé pour la structure de chaussée en vue de l'aménagement d'un terminal à conteneurs dans le secteur Viau. Les règles à suivre ont été édictées par le ministère québécois de l'Environnement en 2012.
L'Administration portuaire de Québec (APQ) veut maintenant recourir à la S/S pour les 45 000 mètres cubes de sédiments contaminés - assez pour remplir 18 piscines olympiques - à être récupérés lors du dragage du fleuve en vue du projet d'agrandissement de 200 millions $. L'opération est inévitable pour assurer une profondeur d'eau de 16 mètres à marée basse dans la zone de manoeuvre et d'amarrage du futur quai 54. 
Près de 95 % des sédiments (900 000 m3) ne seraient pas contaminés et serviraient au remplissage des 17 hectares de terrains d'arrière-quai et de la plage de la baie de Beauport.
Les sédiments pollués, qui dépassent les concentrations maximales établies par le Conseil canadien des ministres de l'Environnement pour le chrome, le mercure et le plomb, seraient quant à eux intégrés à une base en ciment et serviraient d'assise à la structure de chaussée du quai. L'immense bloc serait situé au-dessus du niveau de grande marée et de toute nappe d'eau souterraine, recouvert de matériau granulaire et d'asphalte en surface. 
Les caissons en contact avec l'eau seraient plutôt constitués de béton armé préfabriqué. 
C'est une évolution, car en 2007, l'étude de préfaisabilité des nouvelles infrastructures portuaires, qui incluait alors un quai en eau profonde de type duc-d'Albe, prévoyait intégrer 91 000 mètres cubes de sable et d'écorces contaminés provenant de l'estuaire de la rivière Saint-Charles dans certaines cellules des caissons du quai. 
Encore en décembre 2015, deux ingénieurs de la firme de génie-conseil Pangeos et de l'École de technologie supérieure (ÉTS) de Montréal, mandatés par le Port pour étudier la stratégie de valorisation par S/S, pensaient aussi cimenter 40 000 mètres cubes de sols contaminés qui traînent en piles depuis plus de 10 ans sur les terrains d'Arrimage du Saint-Laurent dans le secteur Beauport. Des essais en laboratoire et in situ ont été réalisés et sont concluants. 
Il appert toutefois que ce volume supplémentaire est trop imposant pour les besoins de la structure de quai. Il faut dire aussi qu'Environnement Canada rechigne à ce que les contaminants générés en milieu terrestre se retrouvent en milieu aquatique, ce qui réduit les usages possibles dans le projet d'agrandissement.
Éviter 4500 voyages de camion
En traitant les sédiments contaminés sur le site, le Port veut éviter 4500 voyages de camions de 10 roues vers un centre d'enfouissement spécialisé et la pollution afférente. Les résidus seront asséchés sur place, puis traités avant d'être malaxés avec le ciment dans une usine mobile. Cela éviterait aussi d'importer un volume équivalent de sable ou de gravier pour construire la structure de chaussée. 
Les économies se comptent en millions de dollars, bien qu'elles n'aient pas été chiffrées pour les besoins de l'étude d'impact environnemental tout juste approuvée par l'Agence canadienne d'évaluation environnementale (ACEE). Il y a une dizaine d'années, plus de 50 % des coûts d'un projet d'agrandissement plus ambitieux, soit 261 millions $ sur un total de 504 millions $, étaient attribués au dragage du fleuve et à la disposition des sédiments contaminés. 
Les consultants du Port font également ressortir les qualités du ciment obtenu grâce à la technique de S/S. Il est en mesure de supporter de plus lourdes charges, ce qui est un avantage en milieu portuaire, et sa durée de vie est donc prolongée. 
L'APQ indique dans son étude d'impact environnemental que les études se poursuivent à l'ÉTS et qu'une étude des effets environnementaux sera réalisée à l'interne, par et pour le Port, avant la mise en application de la nouvelle technique. Environnement et Changement climatique Canada (ECC) sera aussi consulté à titre de ministère expert.
Embêtantes piles de sols contaminés
Même s'il intègre des sédiments contaminés au prolongement de sa ligne de quai, le Port de Québec restera aux prises avec 40 000 mètres cubes de sols contaminés (16 piscines olympiques) attendant d'être traités ou déplacés dans le secteur de Beauport. Environ 16 000 m3 de ces sols sont constitués en piles sur les terrains d'Arrimage du Saint-Laurent, qui gère un terminal de vrac solide dans le secteur. 
Au moment de réaménager la baie de Beauport, en vue des festivités du 400e anniversaire de Québec de 2008, le Port n'a pu les utiliser pour les talus séparant les activités industrielles et récréotouristiques. Cela en raison de dépassements du critère B du ministère québécois de l'Environnement (limite acceptable pour des terrains à vocation récréative, résidentielle ou institutionnelle) et même du critère C (limite acceptable pour des terrains à vocation commerciale ou industrielle) constatés pour le cadmium, le cuivre, le nickel et le zinc. 
D'autres piles totalisant 24 000 m3 se trouvent également sur les terrains du port à proximité. Les dépassements du critère C concernent l'arsenic, le plomb, le cadmium, le cuivre, le nickel et le zinc. 
Pour toutes ces piles, l'Administration portuaire de Québec dit travailler «activement à la recherche d'une solution in situ», indique sa porte-parole Marie-Andrée Blanchet. L'option de les déplacer demeure très coûteuse.