Le système de ramassage de la SAQ était bien rodé, puisque les employés des restaurants n'avaient qu'à replacer les bouteilles de vin dans les caisses vides. Désormais, c'est dans les bacs bleus qu'ils doivent disposer du verre.

Des milliers de bouteilles de vin à la poubelle

Des restaurateurs de la ville de Québec bénéficiaient, jusqu'à tout récemment, d'un service de ramassage des bouteilles de vin et de spiritueux, gracieusement offert par la Société des alcools du Québec (SAQ). Depuis que celle-ci s'est désengagée, ces restaurants doivent acquitter la facture pour recycler leurs produits de verre. Au centre-ville comme dans Sainte-Foy, d'autres disent ne pas disposer de l'espace requis pour les bacs bleus et admettent carrément jeter les milliers de bouteilles en verre.
«La SAQ a pelleté son problème dans notre cour!» tonne Denis Pelletier, le propriétaire du complexe Maurice, sur Grande Allée. Au mois d'août, cela faisait plus de 18 ans que la société d'État se débarrassait de ses bouteilles en même temps qu'elle effectuait des livraisons.
Le système était bien rodé, puisque les employés n'avaient qu'à replacer les bouteilles de vin dans les caisses vides. Désormais, c'est dans les bacs bleus qu'il doit disposer de son verre. «Ça prend beaucoup plus d'espace!» déplore M. Pelletier, affirmant qu'il doit se débarrasser de 500 à 600 unités par semaine et payer jusqu'à 4000 $ par année pour qu'un entrepreneur privé effectue la cueillette.
«C'est sûr que c'est un peu embarrassant», affirme le copropriétaire du Cosmos, Jean-Pierre Gagnon. Comme son collègue, il ne voit que des avantages à un système de consigne où la SAQ reprendrait du service. Aussi sur sa route, le pub Saint-Alexandre, rue Saint-Jean, dit de son côté bien s'accommoder avec la collecte sélective publique.
Au Bistango, dans Sainte-Foy, on admet mettre dans un compacteur de déchets le verre utilisé en attente d'une solution pour remplacer le service de la société d'État, qui a cessé il y a un an. «La consigne serait l'idéal. Au profit que fait la SAQ, elle peut bien s'occuper de recycler!» s'exclame le chef Sylvain Lambert, qui dit avoir environ 700 contenants de verre vides par semaine.
«On est passés de quelque chose d'extraordinaire à rien du tout», s'exclame le directeur général du complexe Ozone sur Grande Allée, Julien Noël, qui se sert aussi du compacteur depuis cet été. «On veut tous être verts, mais il faut en même temps qu'il y ait des programmes intéressants», affirme-t-il.
Le porte-parole de la SAQ, Renaud Dugas, souligne que les établissements de la ville de Québec qui bénéficiaient de leur service de cueillette ont été prévenus et qu'en collaboration avec la Table pour la récupération hors foyer, ces derniers ont été accompagnés dans leurs démarches pour assurer la transition. Dans les années 90, la société d'État avait choisi de récupérer ses bouteilles auprès de ses clients commerciaux, mais l'idée a pas fait long feu. Il n'y a qu'à Québec que ce service était toujours offert.
Un nouveau service municipal?
Le conseiller en environnement à la Ville de Québec, Mathieu Fournier, explique que les petits commerçants peuvent profiter de la collecte municipale alors que les plus gros doivent faire affaire avec le privé pour leur recyclage de matières. Des études sont cependant en cours pour modifier cette façon de faire. «On aimerait avoir un service de récupération commercial payant, comme ceux qui font affaire avec le privé», explique-t-il.
Des restaurants, comme le Savini, n'ont jamais fait affaire avec la SAQ pour leur verre. «Je suis un peu gêné de vous le dire, mais on ne fait pas de recyclage», reconnaît James Monti, le propriétaire de la vinothèque. Depuis l'ouverture en 2009, toutes les bouteilles de verre ont pris le chemin du compacteur.
«Ce n'est pas faute de volonté», affirme M. Monti, qui dit ne pas disposer de l'espace requis alors que la ruelle derrière doit demeurer libre pour la circulation. «On travaille à rétablir la situation», soutient l'homme d'affaires.
Roger Chouinard, le propriétaire de l'immeuble du Grand Café, aussi sur Grande Allée, dit avoir le même problème d'espace en raison des constructions datant d'une autre époque. Il jette toutes ses matières recyclables.
«Ceux qui causent le problème, c'est la SAQ, qui ne reprend pas ses bouteilles. Si ce n'était pas une société d'État, si c'était un privé, soyez assurés qu'ils passeraient une loi pour qu'elle s'en occupe!» plaide-t-il, ajoutant que le gouvernement doit aussi être socialement responsable.
Ô 6e sens, voisin du Bistango dans Sainte-Foy, reconnaît également jeter son verre, un geste qui est posé à regret. «Le problème, c'est qu'on accumule les bouteilles et il y a des petites mouches. Et à l'extérieur, nous n'avons pas de place», explique le propriétaire, Jean-François Lessard. Celui-ci n'est pas contre l'idée d'une consigne, d'autant plus qu'il prend la peine de placer ses bouteilles vides dans leurs boîtes d'origine avant qu'elles finissent aux poubelles. Mais il grince des dents lorsqu'il est question de payer pour un service de ramassage, puisque, dit-il, cela s'ajouterait à la hausse des taxes sur l'alcool annoncée par le gouvernement au budget. Annie Mathieu
Un coup de pouce
À la Table pour la récupération hors foyer, la directrice des communications, Sophie Bergeron, explique qu'en date de décembre 2011, des écoconseillers du Conseil régional de l'environnement de la Capitale-Nationale avaient visité 652 restaurants, bars et hôtels sur le territoire de la ville de Québec.
À la suite de cette initiative,440 établissements participeraient désormais à la collecte sélective de leurs matières recyclables, y compris le verre. Excluant les hôtels, la municipalité compte environ 1200 débits de boisson au total dont les plus petits peuvent profiter de la cueillette municipale.